Le Puy-en-Velay - Santiago de Compostela 2009

Redécouvrir ˝ma˝ terre en acceptant de voyager à l’échelle de l’animal, au rythme de mes pas, est l’une des principales raisons qui motivent ce périple.
Pourquoi ˝ma˝ terre?
Parce que je suis né au Puy-en-Velay et que j’ai vécu les années de ma petite enfance en Lozère. Ensuite, c’est entre Bigorre et Béarn que j’ai passé mon adolescence et ma vie professionnelle, sillonnant les pays de Garonne, d’Adour et des Pyrénées pour y photographier gens et paysages. Enfin, depuis que je vis en Aragon et que je m’exprime en castillan, Santiago Matamoros est devenu mon saint patron.

Ces deux mois de pérégrinations (retour sur les territoires de ma vie) devraient marquer une fin de cycle.
En m’offrant du temps (seul véritable luxe dans notre monde de consommation), j’espère me rapprocher d’une éthique qui m’est chère: être plutôt qu’avoir.

Saint-Alban-sur-Limagnole – Aumont-Aubrac

Après-midi de repos total à Aumont-Aubrac. D’abord parce que les 15,2km de la matinée ont été avalés en 3h30 (un gentil paseo comparé à l’épreuve de la veille), ensuite parce que le gîte qui nous accueille est particulièrement confortable.

Retour sur l’étape du jour.
Le paysage est dans la continuité de celui de la veille, le temps également. Seule différence notable entre la Haute-Loire et la Lozère, la qualité de la signalisation. Autant, dans le Velay, les amis du Chemin multiplient les signaux pour nous maintenir dans la bonne direction, autant en Lozère, il faut les chercher pour ne pas emprunter une mauvaise voie.
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Deux côtes, courtes mais sévères, l’une à la sortie de St-Alban, l’autre après avoir franchi la Truyère aux Estrets, provoquent des ruptures dans notre binôme. Dans chaque ascension, Marylène lâche prise et me concède jusqu’à 200 mètres. Mais sur chaque secteur plat, dans chaque descente, elle rattrape son retard sans se plaindre.
“Avance à ton rythme, je ne veux pas te ralentir“ me dit-elle.
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À l’arrivée, Marylène se plaint d’un genou et doute de sa capacité à rallier Nasbinals demain. Elle envisage même d’abandonner si ces douleurs persistent.

Le terrible enchaînement d’une étape marathon et d’une étape rapide aura-t-il raison de la courageuse Mamilène?…
Pour en savoir plus, ne ratez pas l’émission Allo la planète, mercredi soir à 23h30, sur les ondes de France Inter.

Jeudi, 16 avril 2009, cinquième étape.
Aumont-Aubrac – Nasbinals:
26,3km, 6h40 de marche, 300m de dénivelé.

Saugues – Saint-Alban-sur-Limagnole

dscf43221Dure, dure, la troisième journée. J’avais repéré ses 29,2km et j’avais pensé qu’elle arriverait trop tôt pour des organismes peu aguerris. Bien vu, mais par manque d’attention et en suivant un couple qui nous précédait, nous avons rajouté 4 kilomètres à cette étape déjà limite. Débouchant d’une forêt bien abîmée par la dernière tempête Klaus (1), attirés par un beau buron isolé sous son arbre (2), nous prenons à droite vers l’ancien domaine Templiers du Sauvage (alt. 1292m).
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De part et d’autre du chemin, des restes de congères persistent, rappelant que l’hiver a été particulièrement rude (maisons isolées par la neige et privées d’électricité). La bâtisse est vaste et massive, magnifique, mais la crinière blonde d’un cheval dans un enclos voisin attire mon attention (3) et j’en oublie de photographier le monument. Dommage.
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Cette escapade involontaire rallonge notre route et c’est après 9 heures crapahutées que nous atteignons Saint-Alban, décomposés…
Une bonne douche, un bon repas chaud et au lit.
Le parcours de demain, deux fois plus court, devrait nous permettre de nous refaire.

Mercredi, 15 avril 2009, quatrième étape.
Saint-Alban-sur-Limagnole – Aumont-Aubrac:
15,2km, 3h50 de marche, 250m de dénivelé.

Saint-Privat-d’Allier – Saugues

Courte mais pas facile, l’étape d’aujourd’hui doit nous permettre de rallier la capitale du Gévaudan.
Au terme d’une première heure de mise en jambes, passé le hameau de Rochegude, nous nous lançons dans une descente rapide au milieu d’un chaos rocheux planté de résineux. Un épais brouillard ajoute du merveilleux à l’ambiance (1).
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Cela me rappelle une montée aux estives du Port de Larrau, effectuée il y a près de vingt ans dans les pas d’un berger d’Esterençuby (voir). Un fois passé l’Allier à Monistrol, une longue ascension de 450 mètres de dénivelé nous conduit sur les hauteurs de la Margeride naissante (2). dscf43122
Néné, personnage singulier, nous accueille dans sa buvette du Vernet. L’abat jour de l’unique ampoule qui éclaire son sympathique local est en coquilles St-Jacques. “Rapport au chemin“ avoue-t-il. L’addition pour deux casse-croûtes, une bière et un café en est presque honteuse : “Si c’est trop cher, dites-le-moi! Je fais ça pour rendre service…“
En voilà un qui n’a plus vraiment sa place dans ce monde.

Mardi, 14 avril 2009, troisième étape.
Saugues – Saint-Alban-sur-Limagnole:
29,2km, 7h30 de marche, 450m de dénivelé.

Le Puy-en-Velay – Saint-Privat-d’Allier

Il manquait 4 minutes pour faire 8h00 et Marylène était au rendez-vous. Pierre, absent, devrait nous rejoindre d’ici une semaine, tout comme Danie, à Espalion.
C’est sous un ciel bas et une pluie fine que nous quittons le parvis de la cathédrale du Puy. Un vrai crachin breton comme les aime mon Nanard, l’artiste à pédales.
Au bout d’une petite heure, les ponchos sont de sortie mais le moral reste au beau fixe. Pas de douleurs lancinantes, les kilomètres et les paysages s’enchaînent.
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C’est d’ailleurs ma première belle surprise. L’étape ne fait que 23km mais ce ne sont pas moins de 4 paysages, aux caractéristiques marquées, qui se succèdent. Après un causse fendu par un cañon, un plateau austère (1), une forêt de sapins dévastée par la dernière tempête (2), c’est une descente abrupte et glissante, dans le brouillard (3), qui nous entraîne vers Saint-Privat-d’Allier.

Lundi de Pâques, 13 avril 2009, deuxième étape.
Saint-Privat-d’Allier – Saugues :
19,2km, 4h50 de marche, 650m de dénivelé.

Mon Everest

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Cela fait plus de quatre mois que j’ai pris la décision de me lancer sur les chemins de Saint-Jacques. Depuis, j’ai parcouru prés de 50 kilomètres par semaines, le plus souvent avec un sac à dos léger.

Je me suis informé, équipé, et j’ai écouté les conseils “santé“ de ceux qui avaient déjà vécu le Chemin. Je l’avoue, c’est plus par inquiétude que par humilité que j’ai multiplié les avis. Tous m’ont encouragé, tous m’ont fait partager, souvent avec exaltation, les anecdotes de leur parcours:
“Profite de chaque instant, de chaque paysage, de chaque rencontre, tu vas vivre des moments rares“.
C’est sûrement un effet du temps sur la mémoire (petite perversion qui fait oublier les moments difficiles pour ne conserver que le meilleur d’une expérience) mais tous ont minimisé les 64 étapes du parcours, les 1600 kilomètres à couvrir.
Ce soir, je suis seul face à mon Everest et seul l’enchaînement des étapes finira de me rassurer.

Dimanche de Pâques, 12 avril 2009, première étape.
Le Puy-en-Velay – Saint-Privat-d’Allier :
23,9km, 6h00 de marche, 600m de dénivelé.

Godescalc, l’“hyper-évêque“

En 951, Godescalc (évêque du Puy) fut l’un des premiers pèlerins non espagnols à rejoindre le Campus stellae. C’est donc lui qui peut être considéré comme l’“inventeur“ de la via Podiensis. Et c’est encore lui qui fit ériger, sur un piton de lave de 80 métres, la chapelle de Saint-Michel-d’Aiguilhe (1). Au sommet d’un escalier de 268 marches, vous découvrirez une merveille d’architecture romane primitive (2). Ce sanctuaire, construit en triangle, émeut par ces dimensions réduites (3). Au-dessus de l’Autel, la voûte est ornée d’une fresque représentant un Saint-Michel terrassant le dragon et un Christ en Majesté (4). saint-michel11saint-michel21

Calendrier

Pour tous ceux qui souhaitent m’accompagner sur une ou plusieurs étapes, un calendrier prévisionnel est à votre disposition.
Il est, bien entendu, susceptible d’évoluer en fonction d’impondérables (météo, fatigue, tremblement de terre et tsunamis).

Comme une résurrection

Dimanche de Pâques, 12 avril 2009, il sera autour de 8h00 quand nous quitterons le parvis de la cathédrale du Puy-en-Velay.
Je serai accompagné par Marylène et Pierre pour une première étape de 23,9km qui nous mènera jusqu’à Saint-Privat-d’Allier.
À partir de là, et suivant les possibilités de connexion qui me seront offertes, j’alimenterai ce blog en articles et photographies.
À noter que l’équipe d’« Allo la planète (France Inter, 23h30) me fera régulièrement intervenir sur ses ondes pour vous informer, de vive voix, de ma progression.
Je n’ai plus qu’à me souhaiter de tenir, physiquement, le choc, persuadé de débuter une expérience rare.