Samedi, avril 25th, 2009 à 20:28
L’étape Cajarc – Varaire affiche 25,7km.
Varaire – Cahors, l’étape de demain nous impose 8h30 de marche pour plus de 33km. Danie, de retour parmi nous, suggère :
- Et si nous équilibrions les deux étapes ? En rallongeant la première, nous raccourcirions la seconde d’autant.
Passé Varaire, la seule possibilité de gîte offerte est un couvent situé à Vaylats. D’après le guide, c’est sœur Monique qui enregistre les réservations. Autant pour Pierre que pour moi, la perspective de rencontrer sœur Monique et de passer une nuit au couvent finit de nous motiver. C’est décidé, ce soir, nous vivrons la grande aventure du couvent et tant pis pour les 8km de plus à couvrir en fin de journée dans des chemins creux bordés de murs de pierres sèches.

En fait, plutôt qu’équilibrer les deux journées nous n’avons fait qu’intervertir leurs kilométrages. Danie, ayant pris du retard et souffrant de la chaleur, nous informe par téléphone qu’elle a décidé de stopper à Varaire.
Nous ne sommes donc que deux pour frapper à la porte du couvent.
Très vite, je comprends que je trouverai difficilement une liaison wifi pour poster article et photos. Même pas en rêve. Nous logerons dans une maison de retraite de nones ayant vécu leurs missions en Afrique (moyenne d’age 80 ans).

La nuitée en 1/2 pension est à 26 euros (panier de pique-nique inclus). Après le Bénédicité, le repas est copieux, riche en sucres lents et arrosé de vin de Cahors. Le petit-déjeuner est servi à 7h15, avant les offices. Je suis, pour la première fois depuis le départ du Puy, dans la peau d’un pèlerin, moins d’un marcheur.
Sur cette première quinzaine du parcours, j’ai rencontré peu de ferveur religieuse. Denis, un sympathique Québécois à qui je demandais quelle était la motivation principale de son engagement dans cette aventure du Chemin, m’a répondu :
- Certains font le Chemin de Saint-Jacques, moi, je fais le GR65.
La nuance est claire.
Samedi, 25 avril 2009, quatorzième étape.
Vaylats – Cahors
25,1km, 6h30 de marche, 250m de dénivelé.
Jeudi, avril 23rd, 2009 à 18:58
Après deux journées de vaches maigres (trop goudronnées), enfin une belle étape. Longue (31,6km) et 9 heures sur le chemin pour qu’on ait le temps d’en profiter. Grand bleu sur le Quercy, le causse est couvert de fleurs, un petit vent frais rend l’éclat du soleil supportable et pendant ce temps là, des centaines de parisiens se pressent dans les couloirs de Denfert-Rochereau. Sur le Chemin, la belle vie se résume à mettre un pied devant l’autre et à recommencer. Des gamelles, des bidons, des gamelles, melles, melles, des bidons, dons, dons…

Depuis la belle ville de Figeac, juste réveillée, nous grimpons sur le causse. Un chemin de crête nous conduit jusqu’à Faycelles, superbe village en balcon sur la vallée du Lot. Le reste de la journée nous entraîne de chemins en sentiers à la découverte de cazelles, ces très beaux abris pour bergers construits en pierres sèches, sans liant, utilisant la technique de l’arc boutant.

Arrivés à Cajarc, nous retrouvons Danie qui a choisi de faire l’étape en bus afin de s’octroyer une journée de repos et corriger des copies qui alourdissent son sac depuis Paris.
Bel exemple de conscience professionnelle.
Vendredi, 24 avril 2009, treizième étape.
Cajarc – Varaire
25,7km, 6h30 de marche, 350m de dénivelé.
Mercredi, avril 22nd, 2009 à 17:50
Deuxième étape sans grand intérêt parce que trop bien goudronnée. Après avoir dominé la vallée du Lot et ses brumes, nous passons des toitures en lauzes aux toits couverts de tuiles-canal et nous quittons enfin le territoire de l’aligot, élément incontournable de la gastronomie cantalo-aveyro-lozérienne. Sur la dernière semaine, je pense avoir testé 6 aligots qui filaient plus ou moins bien.

Hier soir, j’ai appelé mon ami Jacques (médecin spécialisé dans le sport et l’effort, qui a déjà fait le Camino frances jusqu’à Santiago) pour lui parler de ma rotule. Il m’a conseillé de me mettre sous anti-inflammatoire, j’ai immédiatement obtempéré. Aux premières heures de la matinée, les effets de l’ibuprofène n’étant pas réellement perceptibles, je décide d’y adjoindre 1 gramme d’aspirine. Très vite, mon allure s’améliore et toute douleur disparaît. Je viens d’inventer l’ibuspirine, l’association miracle qui vient à bout des syndromes rotuliens.


Première journée vraiment printanière, champs et talus couverts de fleurs au soleil, les marcheurs progressent rapidement. À Figeac, Pierre, qui a dû repousser plusieurs fois sa venue sur le Chemin, est enfin au rendez-vous.
La bande de l’escalier 9 de la Cité Bel-Air de Tarbes est reconstituée. Avec Danie et Pierre, nous nous connaissons depuis septembre 1963 et nous voilà, à nouveau, partageant une chambre et un projet commun : arriver à Cahors avant dimanche. C’est plutôt sympa, une amitié de plus de 45 ans.
Jeudi, 23 avril 2009, douzième étape.
Figeac – Cajarc
31,6km, 8h00 de marche, 380m de dénivelé.
Mardi, avril 21st, 2009 à 17:22
Etape de m…. à 90% asphaltée, démarrée dans une brume qui m’interdit de fixer sur pellicule l’abbatiale de Sainte-Foy depuis l’autre rive du Dourdou.
Et mon genou, que j’avais soigné dés l’arrivée, hier, n’a pas attendu que j’atteigne le pont romain au bas de la cité pour se rappeler à mon bon souvenir.
Donc, plutôt que de me décarcasser à trouver un sujet d’article sur Decazeville, cité riante s’il en est, je vous propose d’ouvrir un forum sur l’état de mon genou.

Je m’explique : je ressens une très forte douleur sous la rotule de mon genou gauche, légèrement à gauche, mais uniquement en descente. Dès que la pente s’inverse ou que le sol est plat, tout roule…
Au repos et très rapidement, tout rentre dans l’ordre, le genou n’est pas enflé.
Si vous pouvez me conseiller, si vous avez des trucs, n’hésitez pas à me les communiquer, je suis preneur.
Je profite, d’ailleurs, de cette occasion pour vous remercier tous de vos messages et encouragements.
Mercredi, 22 avril 2009, onzième étape.
Livinhac-le-Haut – Figeac
25,3km, 6h20 de marche, 400m de dénivelé.
Lundi, avril 20th, 2009 à 17:49
Ce matin, les marcheurs font la gueule.
Il pleut et le paysage est noyé dans un brouillard épais. Sous nos capes de pluie, tels des zombies aux allures de Quasimodo, nous traversons des hameaux lugubres.

Le binôme suisse râle, les Québécois avancent en silence, Danie profite de la moindre occasion pour marquer une pause, se reposer, se réchauffer ou se sécher.
Conques n’est plus très loin et en approchant de ce haut lieu de religiosité, les témoignages de foi se multiplient au bord du Chemin. En lisière d’une forêt de sapins, une croix sommaire supporte une petite vierge-bouteille de Lourdes. Pour avoir photographié pendant plusieurs saisons les pèlerins de la cité mariale (voir section reportages), ce souvenir de plastique m’évoque bien des anecdotes fixées en noir et blanc.

L’arrivée sur Conques se fait dans la douleur. Une demi-heure de descente dans un chemin creux pavé de grosses pierres glissantes m’explose le genou gauche.


Il est urgent, pour moi, de trouver rapidement un lit et de passer aux soins quotidiens. Massages, prise d’aspirine, repos en position couchée et rédaction de l’article quotidien du blog.
Mardi, 21 avril 2009, dixième étape.
Conques – Livinhac-le-Haut
25,8km, 6h30 de marche, 700m de dénivelé.
Lundi, avril 20th, 2009 à 17:45
Hommage à un ami des pèlerins et marcheurs du GR65.

Lundi, avril 20th, 2009 à 17:42
L’étape du jour (dominicale) se présente en deux parties. La matinée est plutôt roulante. L’après- midi promet des dénivelés éprouvants mais à la mi-journée, Estaing, nous offre une pause au soleil.

Contrairement à ce que vous pourriez croire, Estaing n’est pas le berceau familial de la famille Giscard. Mais il se pourrait bien que cela devienne la résidence “ad vitam eternam“ de notre cher Valery. En effet, depuis peu, V.G.E. a fait l’acquisition du magnifique château local (XV éme siècle) justifiant, enfin et de ce fait, l’intégralité de son patronyme.
Rappelons-nous le mot cruel du général De Gaulle recevant son secrétaire d’état aux finances venu lui présenter son projet d’emprunt :
- Giscard ? Certes, vous avez un beau nom d’emprunt…

Plus tard, les ascensions s’enchaînent sous les averses de pluie et de grêlons, et nous terminons notre course en surplomb du pays d’Olt.

Lundi, 20 avril 2009, neuvième étape.
Golinhac – Conques
20,8km, 5h30 de marche, 300m de dénivelé.
Samedi, avril 18th, 2009 à 18:23
Journée de transition entre l’Aubrac et la vallée du Lot.
Premiers kilomètres effectués au travers d’une magnifique forêt de hêtres, le soleil est au rendez-vous. Un jeune chien, bâtard de Labrador, qui m’avait accompagné la veille dans l’ascension du col d’Aubrac avant de disparaître dans les pas d’un autre pèlerin, aussi. Il semble connaître le GR65, choisissant à chaque embranchement la bonne direction. Bientôt, de la ligne de crête sur laquelle nous progressons, nous apercevons une mer de nuages qui recouvre la vallée du Lot. Très vite, notre descente nous entraîne dans une brume épaisse.

La température chute et une buvette organisée dans un hameau tombe à pic pour nous réchauffer. Sous l’appentis d’un four à pain public, une table est dressée avec thermos de café, d’eau chaude, et carafe de jus d’orange. Une boîte de sucres, des gobelets et cuillères en plastique sont à disposition des marcheurs. Une tirelire permet à chacun de régler son dû après s’être servi. Une sympathique initiative qui permet à une dizaine de pèlerins (québécois, savoyards, lyonnais) de se regrouper.
Nous repartons ensemble vers Saint-Côme-d’Olt et c’est en traversant une châtaigneraie que notre guide à quatre pattes choisit de nous abandonner pour une jeune chienne. Ingrat, je lui avais promis de l’adopter s’il m’accompagnait jusqu’à Compostelle.

Il est midi et quart quand j’aperçois les premières maisons de Saint-Côme, l’un des plus jolis villages de France. Nous sommes à moins de 400 mètres d’altitude, le soleil est printanier, les champs sont couverts de fleurs, très loin de l’Aubrac enneigé de la veille. Il est temps, pour moi, de retrouver Danie (une amie d’enfance) venue marcher quelques jours sur le Chemin. Petit resto. pour faire le point et nous arrivons au gîte d’Espalion pour y passer la nuit.
Dimanche, 19 avril 2009, huitième étape.
Espalion – Golinhac
26,6km, 6h45 de marche, 650m de dénivelé.
Vendredi, avril 17th, 2009 à 16:10
Petite journée débutée tristement puisque j’abandonne Marylène à Nasbinals.
Il fait froid, la neige est toujours bien présente et j’attaque le chemin à 8h00 précise. Pour rejoindre Aubrac, où je compte faire une halte, je dois franchir un col qui culmine à 1368m. Je suis l’un des premiers à m’élancer. Dans l’ascension, je rattrape “Monseigneur“ (ainsi surnommé parce qu’il est invariablement vêtu d’un jogging violet) et son compagnon aux allures de montagnard confirmé. La progression n’est pas facile, la neige est verglacée et les pentes herbeuses ruissellent déjà. À chacun de jouer, pile, les plaques de neige au risque de se “viander“, face, les zones découvertes où ce que vous croyez être un bout de pelouse s’avère être un trou boueux quand votre pied y disparaît jusqu’à la cheville.
Mais tout autour, le spectacle est au rendez-vous. Lumière rasante du matin qui étire l’ombre des arbres alentour. Des paysages larges aux ciels profonds, chargés de nuages bosselés, des paysages à photographier en écran large (Serge Moulia / photographies panoramiques et sphériques).

Il est tout juste 10 heures quand j’aperçois la domerie d’Aubrac. Au centre du hameau, à l’architecture austère de granit gris, un seul bar est déjà ouvert. J’y commande un thé bien chaud et profite de son wifi pour poster mon article du 16/04.

Une radio espagnole, Onda Cero, ayant souhaité me contacter tous les vendredis à 11h00 pour m’accompagner dans cette aventure, je décide d’attendre tranquillement l’appel de mes interlocuteurs Fernando Herce (animateur de la radio) et Julio Aznar. Julio est une figure du Camino frances. Président de l’association Jacobéa de Huesca, il consacre une partie de sa retraite à parcourir le chemin, chargé d’une pharmacie, pour venir en aide aux marcheurs en souffrance. Un véritable saint-bernard, toujours souriant, il ne lui manque que deux ailes.
À l’amorce de la descente vers Saint-Chély, je retrouve Catherine la Bisontine. C’est elle qui, à Aumont, face à la douleur de Marylène, lui avait spontanément prêté son bâton. Sans ce geste de solidarité (dans l’esprit du Chemin), ma compagne de balade n’aurait jamais rejoint Nasbinals par ses propres moyens.

Par des chemins creux ombragés, nous dévalons 500 mètres de dénivelé en direction de la vallée du Lot et il est 13h30 quand nous entrons dans Saint-Chély-d’Aubrac.
Dix minutes plus tard, un orage de grêle éclate, combien sont-ils encore sur le Chemin ?…
Samedi, 18 avril 2009, septième étape.
Saint-Chély-d’Aubrac – Espalion
23,7km, 6h00 de marche, 270m de dénivelé.
Vendredi, avril 17th, 2009 à 10:00
Après une nuit marquée par ma première intervention dans le cadre de l’émission “Allo la planète“ sur France Inter, la journée de jeudi débute par une belle surprise. Dix centimètres de neige fraîche recouvrent Aumont et tout l’Aubrac.
Marylène y croit encore et décide de se lancer dans l’aventure malgré la douleur qui enveloppe son genou gauche.
Nous partons vers 8h30, le ciel est encore chargé de neige.
C’est au bout de deux heures et demie de marche, peu avant d’arriver chez Régine (célébrité locale qui tient un bistrot à l’entrée du plateau), que le soleil apparaît. La température monte et un gros paquet de neige, en chutant d’un sapin, me fait sursauter.
Un loup ?…
Pourquoi cette éventualité improbable a-t-elle était la première à me venir à l’esprit ? Sans doute parce que mon père m’a toujours raconté qu’en 45/46, alors qu’il partageait avec ma mère un poste double d’instituteurs (elle à Vitrolle, lui à Vitrolette, deux hameaux des plateaux lozériens), un loup sévissait dans la région. Tous les matins d’hiver, il couvrait dans la neige les 4 kilomètres qui séparaient les deux classes uniques, armé d’un gourdin pour repousser une éventuelle attaque.
Et aujourd’hui, marchant seul dans une décors semblable à celui que parcourait mon père il y a plus de 60 ans, un simple bruit sourd a suffi pour faire resurgir une peur enfouie de l’enfance.
Le loup de l’après-guerre, la Bête du Gévaudan, autant de faits divers qui ont laissé des traces dans l’inconscient de tous ceux qui sont nés et qui ont vécu dans cette région austère et belle.

Le reste de la journée peut se résumer en une longue et magnifique balade, au soleil à la mi-journée et sous la menace de l’orage le soir.

Marylène, après avoir souffert en silence, se résigne à abandonner. La mamie aventurière du Tarn aura fait preuve de beaucoup de courage dans une étape difficile, son mari la récupèrera dans la journée de vendredi à Nasbinals. Bon repos et soigne toi bien.

Vendredi, 17 avril 2009, sixième étape.
Nasbinals – St-Chély
15,9km, 4h00 de marche, 250m de dénivelé.