Le Puy-en-Velay - Santiago de Compostela 2009

Redécouvrir ˝ma˝ terre en acceptant de voyager à l’échelle de l’animal, au rythme de mes pas, est l’une des principales raisons qui motivent ce périple.
Pourquoi ˝ma˝ terre?
Parce que je suis né au Puy-en-Velay et que j’ai vécu les années de ma petite enfance en Lozère. Ensuite, c’est entre Bigorre et Béarn que j’ai passé mon adolescence et ma vie professionnelle, sillonnant les pays de Garonne, d’Adour et des Pyrénées pour y photographier gens et paysages. Enfin, depuis que je vis en Aragon et que je m’exprime en castillan, Santiago Matamoros est devenu mon saint patron.

Ces deux mois de pérégrinations (retour sur les territoires de ma vie) devraient marquer une fin de cycle.
En m’offrant du temps (seul véritable luxe dans notre monde de consommation), j’espère me rapprocher d’une éthique qui m’est chère: être plutôt qu’avoir.

Condom – Eauze

Chantal et Christian me rappellent à l’ordre en frappant à ma porte, il est 7h30, l’heure du petit-déjeuner.

Programme de la journée :
- Christian m’accompagnera jusqu’au pont Lartigue (situé à 1000km de Santiago), puis rejoindra la cité fortifiée de Larresingle où l’attendra Chantal.
- Je les retrouverai à l’entrée de Montréal pour pique-niquer avant qu’ils ne reprennent le chemin de leurs pénates ariégeoises.
dscf4650
Le démarrage se fait en douceur jusqu’à une longue descente boueuse qui réveille ma contracture du mollet droit. Au pont Lartigue, je m’allonge sur l’asphalte et me masse une première fois. Christian m’abandonne pour prendre la direction de la petite Carcassonne. Je reprends la route, seul. Mon Chemin se transforme en via Dolorosa. Après le mollet, vient le tour du petit orteil gauche, puis de la tendinite du tibia droit, je marche sur des œufs. Je m’arrête une deuxième, une troisième fois pour me masser.
Il fait chaud, je suis à bout, je suis à deux doigts d’envoyer tout péter.
Et je pense à Christian, venu me soutenir dans mon projet alors qu’il était encore en chimiothérapie jeudi. Et je repense à Danièle qui, après avoir échappé aux pinces du crabe, a couvert courageusement quatre étapes la semaine dernière.
dscf4621
Avec des potes pareils, je ne peux pas me laisser abattre par quelques douleurs ligamentaires. Je repars et trouve la force de rejoindre Chantal, Christian et le panier du pique-nique.

Mes amis sont pleins d’attention à mon égard. Je me charge tel un coureur Festina sur le tour de France (Ibuprofène + Doliprane) et revigoré par un bon casse-croûte, je me lance en direction d’Eauze. Le terrain est plus roulant, ombragé, agréable, je ne souffre presque plus et c’est vers 19h30 que j’arrive enfin dans la capitale de l’Armagnac. J’ai couvert cette étape (l’une des plus longues), donnée pour 8h20, en 11h30, pauses comprises. Pas top…

Lundi, 4 mai 2009, vingt-deuxième étape.
Eauze – Arblade-le-haut
22km, 5h30 de marche, 100m de dénivelé.

Lectoure – Condom

Grand bleu et soleil encore bas sur l’horizon, enfin une journée qui s’annonce bien et qui pourrait tenir ses promesses jusqu’au soir. Comme prévu, Chantal et Christian sont à l’heure (7h30) sur le parvis de la cathédrale Saint Gervais. Ils ont passé la nuit à Condom et m’attendent, une poche de croissants à la main, pour le petit-déjeuner.
Christian a prévu de m’accompagner sur 9,3km jusqu’à Marsolan. Chantal viendra le récupérer et nous nous retrouverons un peu avant la chapelle d’Abrin pour déjeuner.
dscf4620
Dès la sortie de la ville, dès les premiers mètres de Chemin, la boue est omniprésente. Puis c’est un débordement de la rivière voisine qui nous impose de revenir sur nos pas. Et nous voilà reparti sur le goudron, heureusement pour peu de temps. Nous grimpons au sommet d’une côte, plongeons dans un vallon, rencontrons Alix (un jeune Picard en vacances) et atteignons la place de Marsolan. Christian est heureux, il n’a eu aucune difficulté à couvrir cette première partie.
dscf4631
Je continue, seul, quelques kilomètres et nous nous retrouvons autour d’un panier de pique-nique abondamment garni. Chantal est à nos petits soins, elle n’a rien oublié (tomates, charcuteries, fromages, fruits) un vrai bonheur.

Et je redémarre, en prenant soin de respecter mon rythme de père peinard, pendant que Chantal et Christian décident de partir à la découverte de La Romieu.
dscf4639
Un coup de fil sur mon portable et nous nous retrouvons au niveau du Baradieu (malheureusement fermé car il fait soif). Chantal file vers l’hôtel, Christian choisit de terminer l’étape.
Pas de chance, au bout d’une centaine de mètres, une véritable mare nous barre le passage. Nous la contournons en remontant dans un champ mais jamais, ensuite, nous ne retrouverons la signalisation du GR65.
dscf4644
Fatigués, nous choisissons l’option la plus simple et relions Gaussens à Condom par l’asphalte, rajoutant 2km aux 26,9km initiaux.

Dimanche, 3 mai 2009, vingt-et-unième étape.
Condom – Eauze
33,5km, 8h20 de marche, 330m de dénivelé.

Saint-Antoine – Lectoure

Pas grand-chose à écrire, une journée commencée dans le gris et finie sous un ciel bleu chargé de nuages pommelés.
La Toscane française est égale à elle-même :
- Une campagne gentiment bosselée, de belles pierres qui font de charmantes maisons de village, des gentilhommières de rêve, de belles églises.
dscf4617dscf4612
Une étape courte (25km) qui me laisse tout le loisir de me concentrer sur mes bobos. À chacun de mes arrêts, je me masse consciencieusement les mollets. J’en arrive à penser que je pourrais me soigner tout en continuant d’avancer. Il est vrai que je marche plus lentement (je mets une heure de plus pour rejoindre mon but), mais je vais mieux. Je ne sais pas ce que me réservent les jours à venir, mais la gestion de ces problèmes physiques restera sans doute un des principaux enseignements de mon Chemin.

Demain, à Pau, Maryvonne et Michel signent un pacs. Leur coup de fil pour m’inciter à les rejoindre m’a touché. Ils étaient prêts à venir me chercher (et à me ramener) à Condom pour que je ne manque pas à la fête. Je penserai fortement à eux, mais un autre couple (Chantal et Christian) a choisi ce week-end de 3 jours pour venir m’accompagner quelques kilomètres. Je resterai donc sur le Chemin et, parole de Gascon, je serai au mariage.

Samedi, 2 mai 2009, vingtième étape.
Lectoure – Condom
26,9km, 6h45 de marche, 320m de dénivelé.

Moissac – Saint-Antoine

La première partie de la matinée s’écoule en promenade sur le chemin de halage du canal latéral à la Garonne, prolongement du canal du Midi de l’inventeur Riquet. Mon genou gauche me laisse tranquille pendant qu’à droite, ma tendinite somnole. Mais après 10km, à hauteur de Malause, un point de contracture apparaît sur mon mollet droit. Je m’arrête, m’étire, vide la moitié de mon bidon d’eau, rien n’y fait. J’en ai marre d’accumuler les bobos. Pour atténuer la douleur, je me remets sous ibuspirine et continue d’avancer.

Un iris jaune, caché sur la berge du canal au milieu de boutons d’or, me divertit un instant.
dscf4592
Puis je profite d’un bar pour marquer une pause, boire un café, et répondre à l’appel de Ondacero (Radio espagnole) qui vient aux nouvelles, comme chaque fin de semaine.
dscf4594
Quand je repars, la douleur est devenue supportable. Je traverse le canal à Pommevic (les cheminées atomiques de Golfech bornent l’horizon) et la Garonne au pied de la bastide d’Auvillar.
dscf4607
Surprise, alors que je pensais bien connaître le Sud-Ouest gascon, je découvre une ensemble architectural parfaitement conservé entourant, pure merveille, une halle ronde. Un vrai décor de cinéma.

La fin de l’étape marque mon entrée dans le département du Gers. Bientôt, j’apercevrai les Pyrénées dans le Sud lointain.
Ça commence à sentir la garbure !…

Vendredi, 1er mai 2009, dix-neuvième étape.
Saint-Antoine – Lectoure
24,8km, 6h15 de marche, 350m de dénivelé.

Moissac, repos

Enfin, un jour de repos complet. L’hôtel du pont Napoléon est parfait pour marquer une pause régénératrice. La demi-pension est accueillante, confortable, et la cuisine gastronomique. Une adresse à retenir pour tous ceux, pèlerins et voyageurs, qui passent dans la région.

Par contre, marcheurs, vous pouvez éviter la communauté Marie Mère de l’Eglise. Hier soir, après notre raid sous l’orage, mes compagnons québécois ont été reçus comme des pestiférés. Rincés, transis, les pieds trempant dans leurs chaussures, ils ont eu le tort d’avouer qu’ils arrivaient du gîte communal de Lauzerte réputé pour abriter une petite colonie de punaises. Panique chez les sœurs qui leur ont fait vider entièrement leurs sacs, qui ont inspecté tous leurs vêtements, recto verso, à la recherche de possibles larves. Manon et Denis ont évité la fouille au corps de justesse mais n’ont pas échappé à un exposé encyclopédique (hors sexualité) sur la punaise. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, une fois achevée leur quarantaine, qu’ils ont eu le droit de rejoindre leur chambre pour se sécher et se réchauffer.
Compassion : zéro…

Catherine prenant le train pour Biarritz avant de filer sur le chemin côtier nord vers Santiago, nous nous sommes retrouvés à 4 pour partager un dernier repas. Dehors, autour de l’abbatiale Saint-Pierre, pluie et soleil jouent à cache-cache.
1
L’abbatiale Saint-Pierre de Moissac et son tympan.
dscf4560
Détail du porche.
dscf4567
Plafond polychrome de l’abbatiale.

Ce départ marque, pour moi, la fin d’une époque, le premier quart du voyage. Manon avait besoin de se reposer, ils se sont arrêtés une journée, mais doivent, du coup, rallier Saint-Antoine où ils ont réservé ce soir. Denis commande un taxi. Désormais, ils seront devant moi. Demain, je marcherai seul, la première fois depuis mon départ. Sans doute jusqu’à ce que de nouvelles amitiés croisent ma route.

Jeudi, 30 avril 2009, dix-huitième étape.
Moissac – Saint-Antoine
29,6km, 7h30 de marche, 450m de dénivelé.

Modification du calendrier

Ce calendrier est appelé a évoluer en fonction d’aléas que je ne contrôle pas.
Il est mis à jour, ce soir, suite à l’insertion d’une journée de repos, demain 29 avril.
Il est vraisemblable que je marquerai une nouvelle pose (24 ou 48 heures) à Pau.

Lauzerte – Moissac

La journée a pourtant bien commencé.
Il est 7h30 et l’exceptionnelle bastide perchée de Lauzerte baigne dans un flot de lumière dorée. Je me souviens être venu photographier l’endroit, il y a près de 20 ans, en illustration de textes de Joseph Ribas pour les éditions Milan (Les chemins de Garonne). Voir section publications. La rue principale est éventrée pour enfouir des réseaux, des travaux de rénovation embellissent encore les bâtisses “renaissance“ de la cité.
dscf4524
Mais pour ce qui nous concerne, une seule question :
- Les chemins auront-ils un peu séché?
Dés les premiers mètres, notre petite troupe est rassurée et note une réelle amélioration. Un couple de basques de Souraïde est lancé à l’avant, nous suivons en profitant de la belle journée qui s ‘annonce.
Il y a là, Catherine la Bisontine, Denis et Manon (les Québécois) et Pierre (mon frère de limonade) qui vit ses dernières heures sur le Chemin avant son retour en Ile-de-France.
dscf4527
Des nuages de plus en plus noirs montent de l’Ouest, le photographe se régale. Les lumières sont furtives, éparpillées sur le vallonnement. Je me laisse lâcher pour retrouver le groupe au café.
dscf4551
dscf4543
Une décision a été prise en mon absence, on file sur Durfort-Lacapelette, point de ravitaillement. L’orage éclate, le patron du bistrot nous propose de déjeuner à l’abri, nous ne nous faisons pas prier.
Avec les cafés arrive une éclaircie.
Les pèlerins enfilent leurs pèlerines (pas top) et nous décidons d’abandonner le GR65 à sa boue et de rejoindre Moissac par le goudron.
dscf4557
Plus dangereux, mais les sentiers sont impraticables. En file indienne, nous nous lançons dans une marche “commando“ et ça ne rigole pas… Cathy a pris la tête, Pierre ne lâche rien, je roule plus loin en compagnie de la Belle Province.
Le paysage a changé, fini la garrigue sauvage des Causses.
L’homme a domestiqué la nature, organisé ses cultures, nous approchons de Moissac.
dscf4559
Nous avalons les 12km en 2h30, malgré une série d’averses, mais un orage de grêle nous arrête à l’entrée de la ville.
Trop dur. J’ai besoin d’un toubib et d’une journée de repos. J’appelle l’hôtel du pont Napoléon, il leur reste une chambre, je la réserve.
Il est 16h30 quand je m’écroule sur mon lit.

Mercredi, 29 avril 2009, repos.
Moissac.

Lascabannes – Lauzerte

Aujourd’hui, une alternative au GR65 direct vers Lauzerte se propose, la variante de Montcuq (+2km). Vu mon état (pas reluisant) je souhaite tirer au plus court. Pierre, toujours fringant, préfère se taper Montcuq. Nous nous séparons, Pierre en profitera pour faire quelques provisions de pique-nique.
dscf4514
La pluie de la veille a rendu la sortie de Montcuq merdeuse. Les chemins détrempés sont plus que gras, nous avançons avec un kilo de boue sous chaque chaussure, les descentes sont dangereuses. On patine, on glisse, on se rattrape aux branches, certains s’étalent avant que d’autres ne les ramassent (esprit du Chemin).
Pierre me retrouve juste après Montlezun où nous cassons la croûte, contents (pour une fois) d’avoir fait quelques centaines de mètres sur goudron.

À Lauzerte, je pousse la porte d’un médecin en espérant qu’il soit mésothérapeute. Pas de pot pour ma tendinite (tibia droit), il ne sait pas faire. J’attendrai Moissac pour retenter ma chance. Arrivé au gîte, je m’applique une poche de glaçons sur la jambe et prends de l’aspirine.

Mardi, 28 avril 2009, dix-septième étape.
Lauzerte – Moissac
26,3km, 6h40 de marche, 350m de dénivelé.

Cahors – Lascabannes

Le dimanche s’annonçait morose. C’était bien vu. Pluie incessante, froid, une étape que l’on oubliera rapidement si l’on veut garder le moral.
La journée avait pourtant bien commencé, grasse matinée pour tout le monde. Réveil à 7h45, petit-déjeuner copieux, viennoiseries, jus d’orange, le luxe hôtelier.
Après avoir abandonné Danie à ses corrections de copies dans le train du retour et à ses élèves, demain à Noisy-le-Grand, nous enclenchons la marche avant.
dscf4505
Il est 9h30 quand nous traversons le Lot par le pont Valentré, puis ascension vers le causse par l’escalier de la Chartreuse (raide). Le reste du voyage ne présentera pas de réelles difficultés.
dscf4509
À l’entrée d’un bosquet, une petite croix de métal (fixée sur un cairn de pierres sèches recouvert de menues monnaies) nous rappelle la religiosité que beaucoup attachent à ce chemin. Et quand je dis beaucoup, c’est sciemment. Chose bizarre, alors que nous n’étions que six pèlerins à partager le repas des nones(agénaires) de Vaylats, vendredi, deux jours plus tard, c’est une cohorte de ponchos dégoulinants qui approche de Lascabannes.
Il semblerait que la proximité du mois de mai et de ses ponts (à moins que ce ne soit un surcroît de ferveur religieuse) attire le marcheur sur les sentiers de St-Jacques.

Lundi, 27 avril 2009, seizième étape.
Lascabanes – Lauzerte
22,8km, 5h45 de marche, 250m de dénivelé.

Vaylats – Cahors

Grosse différence de température entre hier et aujourd’hui, la pluie est de retour, les capes sont de sortie. Succession de causses et de vallons qui nous mène aux portes de la préfecture du Lot.
Cahors, pour moi, représentait un premier but. C’est ce soir que se termine le premier quart du voyage (sans doute le plus dur), deux semaines de marche, près de 350km effectués dans des conditions parfois difficiles.
dscf4502
Côté physique, deux ampoules aux pieds, un syndrome rotulien sous contrôle, une légère tendinite sur l’avant du tibia droit que je soigne. Rien de bien grave pour l’instant.
L’ambiance a évolué au cours de ces quinze jours.
Entre découvertes et grand spectacle (Aubrac), avec Marylène avant qu’elle ne soit contrainte d’abandonner sur blessure.
Entre ennui et morosité, avec des étapes de transition goudronnées, couvertes courageusement par Danie.
dscf4500
Et depuis que Pierre est arrivé, la série est en cours : deux belles étapes au soleil, une journée sous la pluie et un dimanche (demain) qui s’annonce morose.

Message personnel pour Patrick :
Merci pour tes conseils “équipement“, ils se sont tous révélés judicieux.
Merci de m’avoir raconté avec autant de ferveur ton St Jacques, tu m’as conforté dans mon intention de me lancer dans cette aventure mais, à partir de demain, je serai devant toi sur le Chemin.

Dimanche, 26 avril 2009, quinzième étape.
Cahors – Lascabanes
22,2km, 5h40 de marche, 320m de dénivelé.