Le Bouchet-Saint-Nicolas – Langogne

Alors que nous nous sommes endormis sous un ciel étoilé, vers 1h30, Pierre est réveillé par l’impact du vent en rafales sur les volets. Mauvais signe. Il est 7h15 quand le réveil sonne, dehors le ciel est bas et gris et le vent s’exprime en bourrasques.
Qu’importe, après un petit-déjeuner correct, on se met en marche crânement. Contre le vent nous progressons difficilement. C’est dommage parce que l’environnement sauvage serait plutôt photogénique si nous ne devions, en permanence, récupérer notre équilibre, ballottés par la tempête.

Achat du ravitaillement à Landos et “on the road again“ pour atteindre Jagonas. Dans la traversée d’Arquejol, nous rencontrons le créateur du site http://www.labestia.fr/ qui organise des randonnées théâtrales sur le thème de la bête du Gévaudan. En plus d’un parcours de 300km qui emprunte les pistes de la Margeride, de l’Aubrac et du Gévaudan, il propose, à l’étape, des veillées de lecture de contes et légendes.

Plus loin, nous doublons un vallon enjambé par le viaduc ferroviaire d’Arquejol. Après un pique-nique rapidement expédié à l’abri d’un petit bois de pins, nous reprenons notre expédition, fouettés par une succession d’averses. À Pradelles, nous nous réchauffons en avalant café et infusion. Puis c’est l’arrivée, vers 16h30, à Langogne, ville natale de mon petit frère Jojo (plus connu sous le pseudo de “Louis Jouvet Orleixois“).

Demain et après-demain s’annoncent pluvieux, ce ne sera pas facile, mais c’est aussi ce qui fait tout le sel de ces voyages à pied.

Quatrième étape, vendredi 28 octobre, Langogne – Chaudeyrac, 16km

Le Monastier-sur-Gazeille – Le Bouchet-Saint-Nicolas

Il est 8h30 quand nous quittons l’hôtel après un bon petit-déjeuner. Le ciel est clair, sans un nuage, ce qui implique une température qui avoisine les 0 degrés. Pour franchir la Gazeille, nous débutons par un dénivelé négatif de 120m. Mes genoux (fragiles) risquant de ne pas apprécier, je fais bien attention (pour les soulager) de prendre appuis sur ma paire de bâtons. Les champs alentour sont couverts d’une belle gelée blanche et le froid pince le bout des doigts.


Une fois descendu dans le fond du val, il faut remonter en face. Un bel effort dans une pente raide et ensoleillée nous amène sur un plateau entre les hameaux de Cluzel et de Courmarcès (142m d’ascension).

Après 7km, arrivée à St Martin de Fugères (altitude 1057m) puis descente sur La Loire par la Traille des muletiers qui offre un étonnant point de vue sur la vallée. Pierre en profite pour me tirer le portrait.

Une fois franchi le fleuve au Goudet (altitude 855m), nous entamons une ascension de folie, 200m de dénivelé dans des rampes abruptes et caillouteuses. Un vrai plaisir en apéritif.

Mais, arrivé à Montagnac, toujours rien à se mettre sous la dent (aucun commerce ni troquet). Nous décidons d’avaler le reste de nos provisions, un bout de fromage, une demi banane chacun et quelques biscuits. Le tout arrosé d’eau fraîche.

Ce n’est qu’à Ussel, un peu plus loin sur un plateau qui rappelle la Suisse, que nous pourrons faire une halte dans un café restaurant. Un demi pression plus tard, nous voilà repartis.

Les 8 derniers kilomètres sont couverts sans trop de difficulté et c’est à 16h30 que nous rejoignons le gîte municipal du Bouchet-Saint-Nicolas. Ouvert récemment, il est parfaitement équipé de petits dortoirs (6 ou 7 lits). Une charmante hôtesse nous a proposé de nous préparer le repas du soir ainsi que le petit-déjeuner demain matin. Que demander de plus après une étape aussi sportive?…
Une bonne nuit de sommeil.

Troisième étape, jeudi 27 octobre, Le Bouchet-Saint-Nicolas – Langogne, 26km

Le Puy-en-Velay – Le Monastier-sur-Gazeille

Nous le savions depuis quelques jours, cette première journée devait être la plus arrosée de la semaine et dés les premières rampes asphaltées, avant même d’avoir quitté l’agglomération, quelques gouttes bénissent notre aventure. Voyage pluvieux, voyage heureux. Première portion en sous-bois (magnifique) sur un chemin pavé de pierres de lave. Même sans soleil, les couleurs de l’automne sont lumineuses, nous allons nous régaler…

Arrivés au sommet de la côte, sur un plateau cultivé, les quelques gouttes deviennent ondée et nous décidons de protéger les sacs. Puis, sous l’averse, les ponchos font leur première apparition.

C’est dans cette confusion que nous avons dû rater une balise et que nous sommes sortis du chemin officiel pour nous retrouver engagés dans une superbe descente colorée.

En lisière du bosquet, face à une vallée ouverte, nous avons reconnu Coubon, son pont sur la Loire et son château perché. Quelques centaines de mètres parcourus sur une voie verte, ancienne voie de chemin de fer recyclée, et nous nous autorisons une première halte sous la tonnelle d’un charmant café. Achat de pain, de charcuteries, et nous voilà repartis dans une côte au pourcentage sévère. Bonne option de l’avaler le ventre vide. Au sommet, près du hameau d’Archinaud, les casse-croûte sont appréciés. Nous repartons pour couvrir les derniers kilomètres alors que pointent enfin quelques rayons de soleil.

Puis, une piste forestière nous conduit jusqu’au hameau de l’Herm avant que nous apercevions les premières maisons du Monastier-sur-Gazeille. Arrivée à l’hôtel de Provence vers 15h30, après 7 heures de balade (pauses comprises), nous avons joué la prudence en refusant de tirer sur les bêtes.

Deuxième étape, mercredi 26 octobre, Le Monastier-sur-Gazeille – Le Bouchet-Saint-Nicolas, 22km

Tarbes – Le Puy-en-Velay

Journée consumée dans un voyage long et laborieux.
Départ de Tarbes à 10h44, arrivée à Toulouse à 12h00, normal.

Départ de Toulouse à 12h40, arrivée à Aurillac à 16h00 et c’est à partir d’Aurillac que cela s’est sérieusement gâté. Les 170 derniers kilomètres ont été couverts en 5h45 minutes.
Oui, vous ne rêvez pas, à l’heure de la grande vitesse, on peut encore se voir offrir par la Sncf des parcours à la vitesse moyenne de 29,56 km/h.
Donc, à part nos services publics qui se cassent la gueule, tout va bien, Pierre (ami de 50 ans) est fidèle au rendez-vous et nous partons, comme prévu, demain mardi à l’aube.

Première étape, mardi 25 octobre, Le Puy-en-Velay – Le Monastier-sur-Gazeille, 19km

CONSEILS DE LECTURE.

La lecture d’un blog commence toujours par l’article le plus récent donc, ici, par mon arrivée à Santiago de Compostela. Si vous souhaitez lire l’ensemble de mes chroniques en respectant la chronologie de mon périple, descendez en bas de page et cliquez sur le lien « articles précédents ». Renouvelez l’opération jusqu’au début de l’aventure et au premier texte daté du 7 avril 2009.

Arzùa – Santiago de Compostela

Dernière étape et première journée, en Galice, débutée sous un ciel sans nuage. En compagnie de Pierre (Poitiers) et du couple Hélène-Pierre (Royan), je vais enchaîner une longue succession de vallonnements qui doit me conduire jusque sur la place de l’Obradoiro. Dix heures de papotage et d’évocation de souvenirs communs, dix heures passées à échanger sur les motivations qui nous ont amenés sur le Chemin.
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Les bosquets d’eucalyptus font l’unanimité et nous les traversons en respirant à plein poumons. Après avoir dépassé l’aéroport et le Monte do Gozo, j’entre enfin dans Santiago. Il fait chaud et je ralentis mon pas pour mieux profiter de ces derniers instants. Il est 16h30 quand je descends les quelques marches sous la porte des pèlerins et entre sur la place. Je suis arrivé…
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Pour les non-initiés, juste quelques mots sur la créanciale et la crédencial. Ces deux documents, accordéons de papier qui reçoivent les tampons (sellos) à l’arrivée de chaque étape, sont des accréditations délivrées par l’Eglise pour la première et par des associations laïques pour la seconde. Ce sont donc des carnets de route qui attestent de votre progression dans votre pèlerinage et assurent les hospitaliers de votre statut. Sans doute pour éviter que des VRP utilisent les auberges pour leurs soirées étapes et économisent sur leurs notes de frais. J’admets n’avoir jamais bien compris d’être contrôlé sur ce parcours que j’ai choisi, seul, de m’imposer et pour lequel j’estime n’avoir de comptes à rendre qu’à moi-même. À part le fait que la ribambelle de tampons de couleur imprimés sur le document constitue un joli souvenir du plus bel effet graphique c’est, à mon sens, en limite de l’esprit du Chemin. Même chose pour la Compostelle, qui officialise l’accomplissement du pèlerinage. Comme je me suis lancé ce défi, seul, pour des motivations qui me sont propres, je n’ai pas besoin d’un diplôme, d’un certificat de quelque autorité que ce soit pour valider un acte que personne ne m’a ordonné et que j’ai accompli pour ma seule satisfaction. Donc, je n’irai pas chercher ma Compostelle…

Merci à Eric de Genève, à A. Thirion et Josiane (tous deux Belges), à Cathy et Régis, à Raymond pour leurs messages de soutien reçus, ce dernier jour, sur le Chemin.

Détail technique : Mes chaussures Lowa, parfaitement hermétiques pendant 1600 km, ont rendu l’âme hier en s’ouvrant comme un sandwich trop sec. Comme Pierre (celui d’Hélène) a connu la même mésaventure du côté de Logroño (départ du Puy), à bon entendeur salut…

Et merci à tous ceux qui m’ont suivi dans cette aventure (5500 visites à ce jour dont 175 samedi, 1886 visiteurs provenant de 45 pays et territoires), c’était impressionnant de vous savoir tous derrière et moi devant. Bises.

Ya estoy !…
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“Allô la planète“ – France Inter.

Palas de Rei – Arzùa

Pas de brume ce matin, le ciel est couvert, tout simplement.
Le parcours est toujours aussi agréable, sentiers en sous-bois et traversée de villages celtes. Petites chapelles de granit, calvaires et buissons d’hortensias, rien ne manque à l’appel. On se croirait en Côtes d’Armor. Deux passages de gué sur de grosses dalles ajoutent un petit plus original.
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Et, régulièrement, des bosquets d’eucalyptus emplissent l’espace de leur parfum si caractéristique.
Les dix derniers kilomètres sont moins bucoliques. Le relief se plisse et nous offre trois descentes casse-rotules en alternance avec trois ascensions casse-pattes. Le soleil ayant fait son apparition vers 11h00, ces dernières difficultés effectuées sous la chaleur m’ont éreinté.
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La dernière étape de cette aventure de 10 semaines ne sera pas facile (37 km), mais c’est la dernière et il n’est pas de pèlerinage sans un peu de souffrance. Avant d’atteindre Compostelle, je passerai par Lavacolla où, traditionnellement, les pèlerins se lavaient de la tête aux pieds afin de se présenter, propres, devant Santiago. Et pour bien insister sur le fait qu’il n’y avait que des hommes sur le Chemin, ce lieu-dit s’est naturellement appelé Lavacolla. À l’époque, les seules pèlerines qu’enfilaient les pèlerins étaient de lourdes capes qui les protégeaient de la pluie et du froid. Je pense que je me contenterai d’y mouiller mon chapeau.

Me voilà, maintenant, plus près de mes souvenirs que de la découverte (sic).
Comme la journée sera longue (6h30 – 17h00) et chaude, n’hésitez pas à m’appeler où à m’envoyer des messages d’encouragement, je risque d’en avoir besoin (00 34 687 80 95 34).

Et n’oubliez pas, ce soir, à partir de 23h15, “Allô la planète“ / France Inter.

Samedi 20 Juin 2009, soixante deuxième et dernière étape.
Arzùa – Santiago de Compostela
37 km, 9h15 de marche.

Portomarìn – Palas de Rei

Il n’est pas 7h00 quand je quitte la place de Portomarìn, citée noyée et (en partie) sauvée des eaux.
Depuis son origine (Xème siècle), le village était construit sur les deux rives du Minho, fleuve qui, plus au Sud, arrose les vignes d’albariño des Rias Baixas. Destinés à être volontairement engloutis sous les eaux d’une retenue artificielle en 1962, trois des principaux monuments de la ville (l’église forteresse romane du XIIIème siècle, la Casa dos Condes du XVIème et le Palacio de Berbetoros du XVIIème) ont été démontés puis reconstruits sur la rive droite.
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(Photographies Martine Blandin)
Comme tous les matins, depuis que je suis en Galice, le brouillard est au rendez-vous. Photographiquement parlant, le parcours est moins spectaculaire que les deux jours précédents. Après avoir dépassé l’“horreo“ de Toxibò, je joue à cache-cache, sur des kilomètres, avec la C535, ce qui m’impose de longues portions d’asphalte.
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De nombreux hameaux se succèdent, des haltes, des bars qui permettent aux marcheurs de s’échapper du troupeau. Et vers 11h00, comme tous les jours, le soleil fait enfin son apparition.
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Les premiers eucalyptus se signalent par leur parfum, la chaleur monte pendant que le Chemin descend vers Palas de Rei. La dernière borne de l’étape indique Santiago à 65 km. Plus que deux jours avant d’atteindre la Plaza del Obradoiro.

Vendredi 19 Juin 2009, soixante et unième étape.
Palas de Rei – Arzùa
29,5 km, 6h30 de marche.

Sarria – Portomarìn

Toujours plus beau.
Aujourd’hui, sur 22,6 km, je me suis régalé.
Brume celte pour débuter et soleil ibérique pour finir.
Des chemins creux odorants, des bois de chênes centenaires, des ruisseaux d’eau limpide qui débordent sur les sentiers, du vert tendre, du vert foncé, des champs fleuris, des horreos (greniers à maïs traditionnels) dans chaque cour de ferme, des Galiciens au sourire accueillant, une balade exceptionnelle.
Et comme rien n’est plus parlant qu’une bonne photo, je vous en livre une guirlande.
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Il ne me reste que trois jours avant d’atteindre Santiago mais je crois pouvoir conseiller, à tous ceux qui veulent découvrir le Chemin sans trop d’efforts, de démarrer de Leòn. D’une part, vous évitez l’ennuyeuse Meseta, vous ne couvrez que 315 km en 12 étapes (toutes dignes d’intérêt) et vous vivez (en prime) l’émotion de l’arrivée à Compostelle.

Le dicton du jour (soufflé, dans l’effort, par un marcheur castillan) :
“Commence ton Chemin en marchant comme un vieux et tu le finiras comme un jeune“…
Humilité et respect, donc, j’ai pu le vérifier tous les jours.

Ma dernière intervention sur les ondes de France Inter est programmée pour ce vendredi 19 juin à 23h15 (Allô la planète).
Les liens internet sont pour mes amis Québécois qui pourront, ainsi, se connecter (en direct ou en différé) et m’entendre depuis leur lointain territoire.

Jeudi 18 Juin 2009, soixantième étape.
Portomarìn – Pala de Rei
25,1 km, 6h30 de marche.

Triacastela – Sarria

Entre les deux villes étapes, deux possibilités, un parcours qui va au plus court et une alternative qui permet de visiter le monastère de Samos (+7km). Ayant eu l’opportunité, hier, d’approcher en auto ce repaire bénédictin, ayant pu juger de son intérêt relatif, je choisis de suivre le Chemin historique conseillé par Laborde-Balen.
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Direction Balsa. Après 2,5 kilomètres, je quitte l’asphalte pour une route pavée qui devient un chemin creux, superbe et sombre, sous des châtaigniers. L’ascension est régulière, je dépasse le hameau de San Xil. L’eau est abondante et les fermes nombreuses.
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Ma route longe une ligne de crête. Vers le Sud, le large panorama me fait penser aux Baronnies bigourdanes. Toutes les nuances de vert sont présentes dans le paysage. Je franchis le Alto de Riocabo (905m). Je descends, la brume monte.
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Je me glisse sous les frondaisons d’une forêt de chênes. La lumière, magique, m’inspire et je multiplie les prises de vue. Je dois m’arrêter pour changer le film de mon Leica.
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Je repars, les sous-bois sont lumineux et obscurs à la fois, un casse-tête pour un photographe et plus encore pour son tireur. Jean-Yves (Bregand), ta partie ne va pas être facile.

J’atteins la borne 112 après une balade exceptionnelle, une journée comme on les rêve quand on décide de se lancer dans pareille aventure, sans aucun doute, l’une des 5 plus belles étapes depuis mon départ du Puy en Velay.

Mercredi 17 Juin 2009, cinquante neuvième étape.
Sarria – Portomarìn
22,6km, 5h45 de marche.