Jaca, repos

Pour pleinement profiter de mon jour de repos désormais hebdomadaire, j’ai choisi de faire halte dans une auberge de tourisme équestre. Le Charlé se situe à deux kilomètres au nord de Jaca, entre le rio Aragon et la RN330, en bordure du Chemin de Saint Jacques. Un accueil parfait, un site plein de charme (petite maison dans la prairie) et un peu de confort pour se remettre des efforts consentis dans la remontée de la vallée d’Aspe et le franchissement du Somport. Un établissement qui propose des menus ainsi que des nuitées adaptées aux pèlerins et qui ouvrira, prochainement, un point d’information sur le Camino de Santiago.
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Une adresse à conserver pour tous ceux qui souhaitent découvrir la Jacetania en quelques jours.

Ils sont définitivement trop sympas ces Aragonais.
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Copie de la coupure de presse parue dans le Alto Aragon de samedi (gracias Myriam).

Lundi, 18 mai 2009, trente-deuxième étape.
Jaca – Arrés
24,9km, 6h00 de marche.

Canfranc Estacion – Jaca

Au réveil, grand bleu sur la chaîne, 23,6km de descente m’attendent, vilain temps pour mes genoux. Le rio Aragon court à mon côté, d’innombrables “riachuelos“ dégringolent des sommets, les prairies sont d’un vert intense, les genêts en fleurs diffusent leur parfum envoûtant, la province de Huesca affiche ses plus belles couleurs de printemps.

Je quitte le Chemin pour traverser Villanua. Non pas pour profiter de l’architecture minimaliste du lieu, mais pour m’arrêter dans l’un de mes bars préférés “y almorzar un poco“. “Patatas bravas, chorizo y una caña de cerveza“, je me sens déjà mieux, un peu plus Aragonais “de verdad“.
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Je repars vers Castiello de Jaca, le sentier se charge de grosses pierres blanches, la végétation se rabougrit, le chant des grillons s’intensifie avec la chaleur, des odeurs de garrigue rappellent que nous sommes passés sous influence méditerranéenne.

Je repense à mon ascension d’hier, au froid, à la neige, aux chaussures qui n’avaient pas le temps de sécher d’un jour à l’autre et j’imagine le dicton du jour :
“Qui marche en France, reste mouillé, qui traverse l’Espagne, finit bronzé“.
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Photographie de Maria José Gutiérrez Lera.
Il n’est pas plus de 14h30 quand j’arrive à l’étape, repos complet jusqu’à lundi matin, 8h00.

Dimanche, 17 mai 2009.
Jaca
Repos.

Milou d’Aspe

Pour tous ceux qui ont eu de l’intérêt à lire mes aventures avec le jeune chien de la vallée d’Aspe, vous apprendrez le pourquoi de son vagabondage en lisant le commentaire de Vincent (Urdos – Canfranc Estacion).

Urdos – Canfranc Estacion

Comme tous les vendredis, une “entrevista“ est programmée sur la radio espagnole Ondacero. Mais aujourd’hui, mes amis m’ont promis de se déplacer jusqu’au Somport pour m’accueillir. Trop sympas ces Aragonais.

La météo annonce de la neige à 1200m. Il pleut déjà sur Urdos quand je quitte l’hôtel des voyageurs. Je suis attendu à 11h30, il est 8h15, j’enfile ma cape et au boulot.

Après 5km d’asphalte, aux abords de l’ancienne auberge du Peilhou, je retrouve le sentier en sous-bois. Surprenant, de petits buis tapissent le sol, on se croirait à la Réunion si la température n’avoisinait pas les 5 degrés. Le Chemin monte régulièrement, j’enjambe plusieurs ruisseaux qui descendent en cascade, la brume tamise la lumière, c’est magnifique.
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J’ai choisi de faire l’ascension en musique. Et entre Barthold Kuijken et Diego el Cigala, se glisse Marcel Amont (je sais, j’ai des goûts très éclectiques) qui me chantonne “Joli moi de Mai“. Que de coïncidences! Marcel est peut-être, au même moment, devant un bon feu dans sa maison d’Aubise (sur l’autre versant de la vallée) et, effectivement, c’est un bien joli moi de Mai.

La pente reste régulière et ne demande pas d’efforts. Par contre, la tempête Klauss a, ici aussi, fait des dégâts. Des arbres m’obligent à choisir, je passe par-dessus, je passe par-dessous.
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Celui-là, j’ai décidé de l’enjamber, j’en avais marre de ramper dans les feuilles mortes mouillées, sac à dos.

La neige commence à tomber quand j’atteins les estives de Peyrenère. L’anecdote me plaît. Il est 11h32 quand je franchis la frontière. Je tombe dans les bras de Julio Aznar (président de l’association jacquaire de Huesca) qui me gratifie d’un “fuerte abrazo “. Fernando Herce (animateur Ondacero) fait des photos avant de sortir du coffre de sa voiture une “Trenza de Almudevar“ (délice de la gastronomie aragonaise) et une bouteille de Cava. Ils sont vraiment trop sympas ces Aragonais.
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De gauche à droite, Julio Aznar, Fernando Herce et ma créanciale, (justificatif de mon Chemin français).
Nous nous réfugions dans la cafétéria la plus proche pour y enregistrer l’entrevue. Puis les deux compères repartent vers Huesca.
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Je suis, pratiquement, à la moitié de mon parcours. J’en ai terminé avec la France. Le soleil est de retour, la chaleur pourrait bien constituer la plus grosse difficulté des étapes à venir. Viva España !…

Samedi, 16 mai 2009, trente et unième étape.
Canfranc Estacion – Jaca
23,6km, 6h00 de marche.

Bedous – Urdos

“Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin“. Eh bien c’est vrai, je l’ai vérifié aujourd’hui. D’abord un crachin béarnais qui me rafraîchit jusqu’à l’auberge d’Estanguet. Puis, comme la pluie devient insistante, je finis par sortir mon poncho. En général, c’est quand vous avez enfin réussi à l’enfiler, qu’il couvre bien votre sac à dos (pas facile quand il y a du vent), que l’averse cesse.
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Pour une fois, il n’en est rien, et c’est au moment de me remettre en route que je remarque la présence d’un jeune chien, plutôt craintif (non, pas Pluto). Pour le rassurer, je l’appelle et le caresse, belle connerie, il se glisse dans mes pas. À l’arrivée sur la RN134, j’ai beau gueuler, le menacer de mes bâtons, rien n’y fait, il choisit de me suivre.

Alors que le Chemin longe une voie parcourue par de nombreux semi-remorques, qu’il pleut, que la chaussée est glissante, je dois veiller à ma sécurité et à celle de ce corniaud. Cet abruti se plante au milieu de la route pour courir ensuite après les autos comme s’il s’agissait de brebis. Affolés, tous freinent en le voyant et m’engueulent en pensant que je suis son propriétaire.
Plusieurs fois des poids lourds s’arrêtent, derrière les voitures pilent. On frôle le carambolage. Et moi, au milieu, vociférant après le pot de colle.

Enfin, juste avant Cette-Eygun, je m’engage dans un sentier qui m’éloigne du goudron. Une barrière métallique en règle l’accès. Je la referme derrière moi pour me retrouver, enfin, seul. Le corniaud m’observe, je m’éloigne, il semble s’être résigné. Je longe le gave en traversant une prairie d’herbes hautes maculée de fleurs des champs. Je me retourne machinalement, mon meilleur ami est sur mes talons.
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Rebelote, jet de bâtons, vociférations, rien n’y fait. Heureusement, se présente une nouvelle barrière métallique. Elle semble plus difficile à franchir par un chien, même obstiné. Divorce consommé, j’arrive en vue d’une passerelle de bois qui doit me permettre de franchir le Gave pour retrouver la nationale et filer vers Borce.
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À 12h15, France Bleu Béarn doit m’appeler pour une interview en direct. Il est 11h30, j’accélère le pas. Il pleut toujours, je n’ai que 500 mètres à faire avant de bifurquer vers Borce, je tourne la tête, Uhu a retrouvé ma trace. Comment faire pour qu’il me lâche ? Je repense au capitaine Haddock et à son bout de sparadrap (*pour les tintinophiles).
Deux semi-remorques espagnols dévalent en convoi, tous feux allumés. Et l’autre s’aplatit au milieu de la route comme devant un troupeau. Le premier conducteur fait un écart en donnant de la trompe. Je n’ai pas vu ce qu’a fait le second. J’ai préféré tourner la tête et fermer les yeux pour ne pas assister au massacre.
Je ne sais pas comment, mais ce dingo s’en est encore sorti.
À l’entrée de Borce, un chantier de travaux publics me permet de faire diversion. J’explique mon problème. Un ouvrier me propose de fixer son attention le temps que je m’éloigne. En fait, comme Haddock, je me suis débarrassé de mon bout de sparadrap en le repassant à une âme compatissante (*pour les mêmes).

J’arrive, rincé, au café communal où Eliane m’accueille avec beaucoup de générosité. Une fois l’émission terminée, je n’ai plus qu’à franchir prudemment le défilé du fort du Portalet pour finir l’étape.

Demain, ascension du Somport, les bulletins météo prévoient de la neige à 1200m, encore une belle journée d’aventures en perspective. Il ne me manquerait plus que la compagnie d’un ours pour me motiver dans l’effort.

Vendredi, 15 mai 2009, trentième étape.
Urdos – Somport – Canfranc Estacion
18,5km, 5h00 de marche.

Oloron – Bedous

Ce n’est plus une surprise mais une confirmation.
Depuis 2003, j’ai dû emprunter plus de 100 fois la nationale 134 mais c’est aujourd’hui, à pied, que j’ai le mieux vu la vallée d’Aspe.
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Trente kilomètres pour rejoindre Bedous, un équilibre presque parfait entre sentier et goudron. D’abord la forêt de Bages et un chemin “merdouillous“ (comme on dit par ici) qui me fait préférer la route. Après Saint-Cristau et son charme désuet, je traverse Lurbe et retrouve Michel (sexagénaire héraultais) en pleine conversation avec un chien et un chat.
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Le chien lui lèche les pieds pendant que le chat squatte son sac. Attiré par la médecine et la spiritualité orientales, Michel prolonge son cheminement intérieur en marchant vers Compostelle. Ne cherche plus “compadre“, tu as tout de Saint François, assis sur ce muret.
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Le soleil perce entre de gros nuages, le paysage est somptueux, et j’atteins, seul, le pont d’Escot.
Commencent alors 4 kilomètres de sentier en surplomb d’un Gave rendu tumultueux par la fonte des neiges et les orages de la nuit.
C’est impressionnant. Par endroits la tempête Klauss a provoqué des affaissements de terrain et rendu le passage très étroit, dangereux. Je crois qu’il serait préférable de fermer ce secteur, le temps que le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques le sécurise.
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Après Sarrance, quand le Gave vient vous lécher les bottes, je frémis à l’idée de déraper sur une roche glissante. Déséquilibré par les 12 kilos de mon sac, je me retrouverais vite à l’eau et je doute que ma brasse coulée serait suffisante pour me permettre d’échapper à la violence des remous.

À la hauteur de l’embranchement de Lourdios-Ichère, un orage de grêle me surprend et c’est, trempé, que j’entre dans Bedous.

Pour mes amis béarnais, demain jeudi, à 12h15, intervention sur les ondes de France Bleu Béarn.

Jeudi, 14 mai 2009, vingt-neuvième étape.
Bedous – Urdos

Lacommande – Oloron

Encore une belle surprise.
C’est l’étape la plus proche de Pau (où j’ai passé plus de 20 ans) qui, à ce jour et à mes yeux, reste l’une des plus agréables et des plus photogéniques.

Quand Christine m’abandonne à l’entrée du Chemin, il est 8h20. L’église et la Commanderie du village sont dans mon dos, la brume s’estompe, le soleil est déjà bien présent. La lumière du sous-bois est hollywoodienne (clin d’œil aux anglophones) et le sentier, propre malgré les averses de la nuit, est plutôt roulant.
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En un peu plus de 5 heures, je franchis 5 coteaux et autant de vallons, découvrant à chaque fois un environnement différent. Magnifique.
Les Pyrénées barrent l’horizon avec de plus en plus d’insistance.
Demain je serai en vallée d’Aspe pour une étape marathon (30km).
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J’arrive assez tôt à Oloron pour pouvoir y déjeuner en terrasse. Les 600 mètres de dénivelé annoncés n’ont eu aucun effet douloureux sur mes jambes. C’est incroyable.
Le tout nouveau gîte municipal du Bastet m’accueille chaleureusement. Il est ouvert depuis moins d’un mois (15/04/09) et je suis le 120éme pèlerin-marcheur à y séjourner.
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Un retrato de “gabacho frances“ para mi amigo oscense Miguel Apellaniz.

Mercredi, 13 mai 2009, vingt-huitième étape.
Oloron-Sainte-Marie – Bedous
30km, 7h30 de marche.

Pau – Lacommande

D’abord sortir de Pau, puis traverser les zones industrielles et commerciales de Lons et Lescar. Enfin, franchir le Gave et retrouver le Chemin de Saint-Jacques à la sortie d’Artiguelouve.

Ça y est, j’ai franchi l’aiguillage qui m’a fait passer de la voie du Puy-en-Velay vers la voie d’Arles.
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Un sentier me fait escalader un coteau boisé. Puis, je redescends dans un vallon au milieu de palombières. Des échelles sont fixées aux troncs, des ascenseurs pour hisser les appeaux sont installés. Pas de doute, les mâles du quartier sont atteints de palombite aigüe.
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Le chemin est pourri, boueux comme jamais, je glisse et tombe. Prudent, je choisis de prendre mon temps afin d’atteindre le bas de la côte sans casse. Quand je quitte l’abri du feuillage, la chaleur me surprend. Il fait lourd et l’orage approche.
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Je passe au pied de l’église de Lacommande et poursuis, en direction de Lasseube, jusque chez mes amis Pouquet. C’est sûr, j’approche de chez Pouquet, Christine m’a gentiment proposé de m’héberger et, en compagnie de Jean-Claude et d’Elsa (son mari et sa fille), je sais que la soirée sera festive.
Un dernier petit plaisir avant d’attaquer la vallée d’Aspe, mercredi.

Mardi, 12 mai 2009, vingt-septième étape.
Lacommande – Oloron-Sainte-Marie
19,3km, 5h00 de marche.

Pau, repos

Un long week-end de repos qui arrive à temps pour gommer (définitivement?) tous mes problèmes physiques.
Sur ces 4 premières semaines, je vous ai souvent fait part de l’évolution de mon physique. Mais, oublier le Chemin pour ne parler que de la gestion de mes bobos me semblait parfois excessif, obsessionnel, voire égocentrique.
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Vendredi et samedi, les nombreux mails reçus, les appels de mes plus proches amis m’ont rassuré. Vous avez été jusqu’à 160 (vendredi 8 mai) à vous connecter sur le blog pour, entre autres, vous informer de mon état, pour savoir si j’étais encore sur le Chemin. En fait, depuis Espalion, tendinite, contracture et syndrome rotulien se partagent la vedette d’un véritable feuilleton à suspense que vous suivez au quotidien.

Donc, faisons un point. Que deviennent vos héros favoris ?
Le syndrome rotulien du genou gauche a quitté l’écran, le duo tendinite-contracture de la jambe droite joue les seconds rôles, la plaie dans la pliure du genou gauche se fait oublier peu à peu.

Alors, comment passer de l’agonie (étape Condom- Eauze) à une récupération pratiquement complète en une semaine et en marchant plus de 110km en 4 jours?…
Explications.
Entre Condom et Montréal-du-Gers, douleurs intenses sur la jambe droite qui me font envisager l’abandon. Je finis Montréal – Eauze (17km) en masquant le mal par une prise de Dafalgan.
Et au cours du pique-nique de cette journée d’enfer, Chantal, l’épouse de mon ami Christian, m’offre ce qui peut (d’après elle) me remettre d’aplomb, une genouillère équipée d’une série de petits aimants. Ceux qui me connaissent savent combien je peux me montrer sceptique, suspicieux, vis-à-vis de toute médecine alternative. Mais le geste de Chantal est généreux et j’accepte de me charger de cet équipement supplémentaire.

À Eauze, puis à Arblade, je dors avec la genouillère à gauche.
Je ressens de moins en moins de gêne dans les descentes et j’arrive à Aire, sous Ibuprofène, avec des douleurs persistantes jambe droite (tendinite – contracture). Au milieu de la nuit, intrigué par l’amélioration de mon genou gauche, je fixe la genouillère sur mon mollet droit. Mon muscle est parcouru de picotements et, au réveil, je descends les escaliers sans difficulté. Ça tire encore, mais l’amélioration est nette. J’arrête toute prise de pastilles et couvre l’étape sans encombre. À Arzacq, même chose, je passe la nuit avec la genouillère sur le mollet droit. Le lendemain, j’arrive à Pau (30km sur asphalte) sans que ma cheville soit enflée.

Conclusion, cela fait 5 jours que je ne prends plus de cachets (fini l’Ibuspirine et le Dafalgan), que je m’adonne à la magnétothérapie, et que je me porte de mieux en mieux. Les 3 jours de repos m’ont, évidemment, fait du bien, mais j’avoue être épaté par la réussite de cette thérapie énergisante.
Merci Sainte Chantal; Sainte Anne, Saint Côme et Saint Damien devront attendre avant que je les sollicite.
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(Photographie Pierre Tritten)

Demain je reprends la route, régénéré et riche de 4 semaines d’expériences pour remonter la vallée d’Aspe et franchir les Pyrénées par le Somport.

Tous vos témoignages de soutien me rassurent et me confortent dans la réalisation de ce projet, mille fois merci!

Lundi, 11 mai 2009, vingt-sixième étape.
Pau – Lacommande
18,5km, 4h40 de marche.

“Allô la planète“ du jeudi 7 mai 2009

Si vous souhaitez (ré)écouter cette émission, elle est disponible en écoute à la carte pendant 7 jours.