Calendrier réactualisé jusqu’à l’arrivée à Santiago le vendredi 26 juin, avec une journée de repos par semaine et une journée en réserve, soit pour réduire une étape, soit pour un repos supplémentaire.
Arzacq-Arraziguet – Pau
“Les meilleures choses ont une fin“.
“Il n’est de meilleure compagnie qui ne se quitte“.
Si vous en avez d’autres à me soumettre, n’hésitez pas…
Tout cela pour vous dire que, ce matin, c’était l’instant redouté de la séparation. Manon et Denis poursuivent vers Saint-Jean-Pied-de-Port alors que je rejoins Pau (repos de 3 jours) avant de repartir par la Voie d’Arles. J’ai choisi cette option pour franchir les Pyrénées par le col du Somport et couvrir, ainsi, quelques étapes de mon périple sur la terre d’Aragon, ma terre d’adoption depuis 2003.

Une trentaine de kilomètres effectués hors GR, sur asphalte, au milieu du trafic rendu plus dangereux par la présence des camions du chantier de l’A65, que dire de plus, sinon que cette étape de liaison n’avait aucun intérêt, mais que je comptais l’effectuer en marchant.

Une photo (signée Pierre Tritten) pour vous faire découvrir les coulisses du blog (couvent de Vaylats).
Ce soir, à partir de 23h15, deuxième intervention en direct dans le cadre de l’émission de France-Inter, “Allô la planète “…
Jeudi, 8 mai 2009, repos.
Pau
Aire-sur-l’Adour – Arzacq-Arraziguet
Près de 33km, l’étape est longue, la journée promet d’être ensoleillée (donc chaude), nous décidons de partir plus tôt. Il est à peine 7h30 quand Manon et Denis attaquent la côte de la rue du Mas qui leur permet de découvrir l’église Sainte Quitterie.

Je choisis, volontairement, de réduire mon pas et de les laisser prendre de l’avance. Je sais que je les retrouverai plus tard.
J’arrive bientôt en vue de l’étang de Brousseau.

Un groupe de retraités allemands est en pleine discussion. Ils sont une bonne quinzaine et bénéficient d’une organisation à l’Allemande, voiture suiveuse avec transport des sacs et préparation des repas. Cela fait déjà plusieurs jours que nous nous suivons, doublons et redoublons. Un panneau d’information installé par la société Eiffage les a stoppés dans leur élan. Le chemin est coupé par le chantier de l’autoroute Pau-Bordeaux et nous devons emprunter une déviation. Mais à part cela, rien de plus, démerde-toi. L’ancienne signalétique du GR65 est toujours en place, rien ne nous dit comment est matérialisée cette déviation ni à partir d’où nous devons la suivre. C’est la confusion la plus totale. Certains choisissent la voie de droite, d’autres la gauche.
Les Allemands sortent les cartes d’état-major (j’espère qu’elles sont récentes) et ils décident d’une direction. Je choisis de les suivre. Leur option semble être la bonne et nous nous retrouvons sur un itinéraire fléché à l’européenne (coquille jaune sur fond bleu).

Face à nous, à l’horizon, la barrière enneigée des Pyrénées me rassure. Au moins nous nous dirigeons vers le Sud. Quelques kilomètres avant Miramont, je tombe sur Manon qui expose ses pieds nus au soleil et Denis qui grignote. Je me marre quand ils m’avouent s’être retrouvés sur le chantier autoroutier, au milieu d’énormes engins de terrassement, les pieds englués dans le goudron frais de la chaussée.
Si dans les années à venir, en passant sur la nouvelle autoroute à hauteur d’Aire, vous ressentez comme la présence d’un vibreur sur la chaussée, pas de doute, ce sont les empreintes laissées par nos deux Québécois.
En tout cas, merci Eiffage pour votre professionnalisme! En termes de communication, vous avez fait dans le minimalisme. Plus tard, nous apprendrons que Manon et Denis n’ont pas été les seuls à baguenauder au milieu des bulls et autres tractopelles.
L’après déjeuner nous entraîne dans un circuit touristique (chapelle de Sensacq) et, par des chemins boueux (ça nous manquait), nous envoie promener à pimpous, autrement dit Pimbo, première bastide des marches du Béarn. Pour tous ceux qui vivent au nord de l’Adour, je précise que “le diable vauvert“ se dit en béarnais “pimpous“ et que “pimpous“ dériverait de Pimbo, le point le plus éloigné de la région.
Il est 18h30 quand nous arrivons au gîte communal d’Arzacq, parfaitement tenu et organisé. Mais comme le repas est servi à 19h00, nous n’avons que le temps de prendre une douche avant de nous rendre au réfectoire. Au menu : manchons de canard confit accompagnés de coquillettes. La communauté des marcheurs apprécie.
Jeudi, 7 mai 2009, vingt-cinquième étape.
Arzacq-Arraziguet – Pau
30km, 7h00 de marche, 300m de dénivelé.
Arblade-le-haut – Aire-sur-l’Adour
Guillerette, Manon me fait remarquer que c’est peut-être le premier matin sans brume ni nuages depuis notre départ du Puy (c’est vrai que nous n’avons pas été gâtés). Et quand la Québécoise de Sherbrooke est d’humeur joyeuse, son pas est énergique. Avec Denis, nous suivons à distance.

Tout va bien jusqu’à ce qu’une ombre me remonte sur la gauche, je sursaute et me retourne, Daniel (l’Ardéchois) est sur mes talons.
En plaisantant, je lui raconte que j’ai parlé de lui dans mon blog de la veille. J’avoue l’avoir qualifié de chat noir puisqu’à chaque fois qu’il m’a rattrapé, s’est réveillée ma contracture du mollet droit. On en plaisante jusqu’à ce que 5 minutes après qu’il nous ait rejoints, je sois obligé de m’arrêter pour me masser le mollet droit et avaler un Dafalgan.

L’horizon est laiteux et Manon a du mal à me croire quand je lui explique que nous devrions déjà apercevoir les Pyrénées. Je la rassure quand je lui raconte que c’est signe de beau temps pour les jours à venir.

L’étape est courte et il est 15h00 quand nous arrivons dans notre gîte aturin. Entre hier et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit, nous sommes passés de l’Arbladoise (au top de la qualité) à l’hôtel de la Paix (au top de la médiocrité).
Mercredi, 6 mai 2009, vingt-quatrième étape.
Aire-sur-l’Adour – Arzacq-Arraziguet
32,5km, 8h15 de marche, 300m de dénivelé.
Eauze – Arblade-le-haut
Dans un des dortoirs pour 4 du gîte d’Eauze (coin cuisine + salle de bains), j’ai passé la nuit en compagnie de Daniel (un Ardéchois rencontré à la sortie de Moissac et qui, à chaque fois qu’il m’a rattrapé sur le Chemin, a déclenché ma contracture du mollet droit) de Michel, un solide Breton de Dinard, et de l’épouse d’un de ses meilleurs amis venue marcher une semaine.

Réveil 6h45 (dur, dur). Ce matin je n’ai pas envie d’y aller. Comme un gamin qui refuse de se rendre à l’école.
Michel part acheter du pain et des croissants, Daniel fait chauffer l’eau du thé, c’est sympa et toute cette agitation m’incite à quitter mon lit.
J’attends que Daniel s’en aille, je ne risque plus qu’il me rattrape, et je démarre. Le temps est maussade, mon humeur aussi. Mon rythme est lent, j’avance avec précaution, guettant la moindre douleur. Au bout d’une heure, je suis chaud, je me sens bien, je marche normalement.
Cette étape est courte (23km), pratiquement sans dénivelé, et pourrait presque être assimilée à du repos. Au sommet d’une petite côte, à la sortie d’un bois, je tombe sur un trio de pèlerins assis sur des troncs d’arbres.

Manon et Denis se reposent en compagnie d’Evelyne, une sexagénaire qui entend rejoindre Compostelle. Suite à mon étape de 33km de la veille, j’ai rattrapé mon couple de québécois préférés qui, depuis Moissac, marchait une journée devant moi. Joie des retrouvailles, d’un coup, la journée paraît plus douce.
À l’arrivée dans Manciet, je reçois un appel de Kiki (beaucoup la reconnaîtront) qui, même au téléphone, réussit à me transmettre son affection. Puis c’est au tour de Maïté qui se propose de me faciliter un rendez-vous avec un ostéopathe palois. À ce propos, si vous connaissez un médecin qui peut traiter ma tendinite par une infiltration, merci de me communiquer ses coordonnées.

Je pense profiter de mon passage à Pau et du long week-end du 8 mai pour faire un break de 4 jours. Je reprendrai le Chemin, mardi 12, par une étape qui me mènera de Pau à Lacommande.
Mardi, 5 mai 2009, vingt-troisième étape.
Arblade-le-haut – Aire-sur-l’Adour
27km, 6h45 de marche, 180m de dénivelé.
Condom – Eauze
Chantal et Christian me rappellent à l’ordre en frappant à ma porte, il est 7h30, l’heure du petit-déjeuner.
Programme de la journée :
- Christian m’accompagnera jusqu’au pont Lartigue (situé à 1000km de Santiago), puis rejoindra la cité fortifiée de Larresingle où l’attendra Chantal.
- Je les retrouverai à l’entrée de Montréal pour pique-niquer avant qu’ils ne reprennent le chemin de leurs pénates ariégeoises.

Le démarrage se fait en douceur jusqu’à une longue descente boueuse qui réveille ma contracture du mollet droit. Au pont Lartigue, je m’allonge sur l’asphalte et me masse une première fois. Christian m’abandonne pour prendre la direction de la petite Carcassonne. Je reprends la route, seul. Mon Chemin se transforme en via Dolorosa. Après le mollet, vient le tour du petit orteil gauche, puis de la tendinite du tibia droit, je marche sur des œufs. Je m’arrête une deuxième, une troisième fois pour me masser.
Il fait chaud, je suis à bout, je suis à deux doigts d’envoyer tout péter.
Et je pense à Christian, venu me soutenir dans mon projet alors qu’il était encore en chimiothérapie jeudi. Et je repense à Danièle qui, après avoir échappé aux pinces du crabe, a couvert courageusement quatre étapes la semaine dernière.

Avec des potes pareils, je ne peux pas me laisser abattre par quelques douleurs ligamentaires. Je repars et trouve la force de rejoindre Chantal, Christian et le panier du pique-nique.
Mes amis sont pleins d’attention à mon égard. Je me charge tel un coureur Festina sur le tour de France (Ibuprofène + Doliprane) et revigoré par un bon casse-croûte, je me lance en direction d’Eauze. Le terrain est plus roulant, ombragé, agréable, je ne souffre presque plus et c’est vers 19h30 que j’arrive enfin dans la capitale de l’Armagnac. J’ai couvert cette étape (l’une des plus longues), donnée pour 8h20, en 11h30, pauses comprises. Pas top…
Lundi, 4 mai 2009, vingt-deuxième étape.
Eauze – Arblade-le-haut
22km, 5h30 de marche, 100m de dénivelé.
Lectoure – Condom
Grand bleu et soleil encore bas sur l’horizon, enfin une journée qui s’annonce bien et qui pourrait tenir ses promesses jusqu’au soir. Comme prévu, Chantal et Christian sont à l’heure (7h30) sur le parvis de la cathédrale Saint Gervais. Ils ont passé la nuit à Condom et m’attendent, une poche de croissants à la main, pour le petit-déjeuner.
Christian a prévu de m’accompagner sur 9,3km jusqu’à Marsolan. Chantal viendra le récupérer et nous nous retrouverons un peu avant la chapelle d’Abrin pour déjeuner.

Dès la sortie de la ville, dès les premiers mètres de Chemin, la boue est omniprésente. Puis c’est un débordement de la rivière voisine qui nous impose de revenir sur nos pas. Et nous voilà reparti sur le goudron, heureusement pour peu de temps. Nous grimpons au sommet d’une côte, plongeons dans un vallon, rencontrons Alix (un jeune Picard en vacances) et atteignons la place de Marsolan. Christian est heureux, il n’a eu aucune difficulté à couvrir cette première partie.

Je continue, seul, quelques kilomètres et nous nous retrouvons autour d’un panier de pique-nique abondamment garni. Chantal est à nos petits soins, elle n’a rien oublié (tomates, charcuteries, fromages, fruits) un vrai bonheur.
Et je redémarre, en prenant soin de respecter mon rythme de père peinard, pendant que Chantal et Christian décident de partir à la découverte de La Romieu.

Un coup de fil sur mon portable et nous nous retrouvons au niveau du Baradieu (malheureusement fermé car il fait soif). Chantal file vers l’hôtel, Christian choisit de terminer l’étape.
Pas de chance, au bout d’une centaine de mètres, une véritable mare nous barre le passage. Nous la contournons en remontant dans un champ mais jamais, ensuite, nous ne retrouverons la signalisation du GR65.

Fatigués, nous choisissons l’option la plus simple et relions Gaussens à Condom par l’asphalte, rajoutant 2km aux 26,9km initiaux.
Dimanche, 3 mai 2009, vingt-et-unième étape.
Condom – Eauze
33,5km, 8h20 de marche, 330m de dénivelé.
Saint-Antoine – Lectoure
Pas grand-chose à écrire, une journée commencée dans le gris et finie sous un ciel bleu chargé de nuages pommelés.
La Toscane française est égale à elle-même :
- Une campagne gentiment bosselée, de belles pierres qui font de charmantes maisons de village, des gentilhommières de rêve, de belles églises.


Une étape courte (25km) qui me laisse tout le loisir de me concentrer sur mes bobos. À chacun de mes arrêts, je me masse consciencieusement les mollets. J’en arrive à penser que je pourrais me soigner tout en continuant d’avancer. Il est vrai que je marche plus lentement (je mets une heure de plus pour rejoindre mon but), mais je vais mieux. Je ne sais pas ce que me réservent les jours à venir, mais la gestion de ces problèmes physiques restera sans doute un des principaux enseignements de mon Chemin.
Demain, à Pau, Maryvonne et Michel signent un pacs. Leur coup de fil pour m’inciter à les rejoindre m’a touché. Ils étaient prêts à venir me chercher (et à me ramener) à Condom pour que je ne manque pas à la fête. Je penserai fortement à eux, mais un autre couple (Chantal et Christian) a choisi ce week-end de 3 jours pour venir m’accompagner quelques kilomètres. Je resterai donc sur le Chemin et, parole de Gascon, je serai au mariage.
Samedi, 2 mai 2009, vingtième étape.
Lectoure – Condom
26,9km, 6h45 de marche, 320m de dénivelé.
Moissac – Saint-Antoine
La première partie de la matinée s’écoule en promenade sur le chemin de halage du canal latéral à la Garonne, prolongement du canal du Midi de l’inventeur Riquet. Mon genou gauche me laisse tranquille pendant qu’à droite, ma tendinite somnole. Mais après 10km, à hauteur de Malause, un point de contracture apparaît sur mon mollet droit. Je m’arrête, m’étire, vide la moitié de mon bidon d’eau, rien n’y fait. J’en ai marre d’accumuler les bobos. Pour atténuer la douleur, je me remets sous ibuspirine et continue d’avancer.
Un iris jaune, caché sur la berge du canal au milieu de boutons d’or, me divertit un instant.

Puis je profite d’un bar pour marquer une pause, boire un café, et répondre à l’appel de Ondacero (Radio espagnole) qui vient aux nouvelles, comme chaque fin de semaine.

Quand je repars, la douleur est devenue supportable. Je traverse le canal à Pommevic (les cheminées atomiques de Golfech bornent l’horizon) et la Garonne au pied de la bastide d’Auvillar.

Surprise, alors que je pensais bien connaître le Sud-Ouest gascon, je découvre une ensemble architectural parfaitement conservé entourant, pure merveille, une halle ronde. Un vrai décor de cinéma.
La fin de l’étape marque mon entrée dans le département du Gers. Bientôt, j’apercevrai les Pyrénées dans le Sud lointain.
Ça commence à sentir la garbure !…
Vendredi, 1er mai 2009, dix-neuvième étape.
Saint-Antoine – Lectoure
24,8km, 6h15 de marche, 350m de dénivelé.
Moissac, repos
Enfin, un jour de repos complet. L’hôtel du pont Napoléon est parfait pour marquer une pause régénératrice. La demi-pension est accueillante, confortable, et la cuisine gastronomique. Une adresse à retenir pour tous ceux, pèlerins et voyageurs, qui passent dans la région.
Par contre, marcheurs, vous pouvez éviter la communauté Marie Mère de l’Eglise. Hier soir, après notre raid sous l’orage, mes compagnons québécois ont été reçus comme des pestiférés. Rincés, transis, les pieds trempant dans leurs chaussures, ils ont eu le tort d’avouer qu’ils arrivaient du gîte communal de Lauzerte réputé pour abriter une petite colonie de punaises. Panique chez les sœurs qui leur ont fait vider entièrement leurs sacs, qui ont inspecté tous leurs vêtements, recto verso, à la recherche de possibles larves. Manon et Denis ont évité la fouille au corps de justesse mais n’ont pas échappé à un exposé encyclopédique (hors sexualité) sur la punaise. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, une fois achevée leur quarantaine, qu’ils ont eu le droit de rejoindre leur chambre pour se sécher et se réchauffer.
Compassion : zéro…
Catherine prenant le train pour Biarritz avant de filer sur le chemin côtier nord vers Santiago, nous nous sommes retrouvés à 4 pour partager un dernier repas. Dehors, autour de l’abbatiale Saint-Pierre, pluie et soleil jouent à cache-cache.

L’abbatiale Saint-Pierre de Moissac et son tympan.

Détail du porche.

Plafond polychrome de l’abbatiale.
Ce départ marque, pour moi, la fin d’une époque, le premier quart du voyage. Manon avait besoin de se reposer, ils se sont arrêtés une journée, mais doivent, du coup, rallier Saint-Antoine où ils ont réservé ce soir. Denis commande un taxi. Désormais, ils seront devant moi. Demain, je marcherai seul, la première fois depuis mon départ. Sans doute jusqu’à ce que de nouvelles amitiés croisent ma route.
Jeudi, 30 avril 2009, dix-huitième étape.
Moissac – Saint-Antoine
29,6km, 7h30 de marche, 450m de dénivelé.
