Logroño – Najera

Un temps unique, grand soleil et vent du Nord qui garantit au marcheur la fraîcheur idéale pour une étape relativement longue.

La première partie de la matinée se passe dans le tumulte du trafic autoroutier qui entoure Logroño. Puis c’est l’“almuerzo“ dans la jolie bourgade de Navarete. Après quelques oliviers et amandiers rencontrés à la sortie du bourg, les vignes sont omniprésentes.
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Je m’aperçois, qu’une fois encore, je vous donne à voir un coquelicot. “Un jour, tu verras“ reste pour moi, avec “Un gentil coquelicot“, deux des plus belles chansons françaises. Et, pour avoir bien connu Marcel Mouloudji à une époque où nous avions un projet commun sur le Paris populaire de Prévert, je garde, pour cette fragile fleur des champs, une tendresse toute particulière.
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Je file plein Ouest vers Najera. Le vert intense des feuilles est comme vernissé, la terre est rouge, les fossés sont généreusement fleuris.
La Rioja dans toute sa splendeur.
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Exemple de dortoir XXL :
A qui le gros lot de la loterie “spécial ronfleur“ de ce soir?

“Allô la planète“ du 26 mai 2007.
Émission disponible à la carte pendant 7 jours sur le site Internet de France Inter.

Jeudi, 28 mai 2009, quarante-et-unième étape.
Najera – Santo Domingo de la Calzada
21,3km, 5h20 de marche.

Los Arcos – Logroño

Aujourd’hui, entre Navarra et Rioja, la veste n’était pas un luxe.
Je suis parti dès l’aube pour éviter la chaleur de la mi-journée et j’ai marché les mains dans les poches pour les réchauffer. Ciel couvert, menaçant, qui m’a souvent laissé croire qu’un peu de soleil allait venir modeler le paysage alentour, en vain. J’ai eu beau essayer d’anticiper le déplacement des nuages, pas une seule photographie des vignobles traversés à vous proposer.
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Et quand le soleil a enfin daigné se montrer, je traversais déjà les zones industrielles de la capitale riojana. Une étape que j’espérais photogénique et qui s’est révélée décevante.
Sinon, juste une petite anecdote amusante à vous raconter.
Depuis mon arrivée sur le “Camino frances“, j’ai noté la présence (pour moi surprenante) de nombreux Japonais. Hier, j’ai partagé une chambre de 4 avec une Aragonaise et un couple de retraités Nippons. Et aujourd’hui, je n’ai pas cessé de rencontrer un duo de jeunes Japonaises. Mais cela en devenait bizarre car, toutes les demi-heures, ou elles me rattrapaient, ou je les retrouvais assises au bord du sentier. Je n’avais pourtant pas abusé de “cerveza“.
Ce n’est que vers midi que j’ai enfin compris qu’elles n’étaient pas deux mais quatre, avec dans chaque duo une même veste rouge. Si vous croyez que c’est facile de différencier des jeunes Japonaises!…
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Ce soir, nouvelle intervention dans le cadre de l’émission “Allo la planète“ (France Inter – 23h15).
Emission disponible en écoute à la carte pendant 7 jours sur le site internet de Radio-France.

Mercredi, 27 mai 2009, quarantième étape.
Logroño – Najera
28,2km, 7h30 de marche.

Estella – Los Arcos

Une étape courte et sans dénivelé de 20,6km, juste de quoi se remettre en douceur sur le Chemin.
J’oublie vite Ayegui, faubourg d’Estella, pour atteindre Irache, son monastère et sa cave du même nom. L’endroit est connu de tous les pèlerins de Saint-Jacques pour proposer une fontaine à vin en accès libre. Je ne déroge pas à la tradition et me penche sous le robinet…
Et me penche, oui, oui, oui, et me penche, non, non, non, et me penche sous le robinet… Deux gorgées pour juger la cuvée et je me remets en route.
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Le ciel est chargé de nuages menaçants mais il fait frais, un temps idéal pour marcher. Entre Azqueta et Villamayor de Monjardin, au bord du sentier, je découvre la Fuente de Los Moros, un édifice gothique qui abrite une citerne au bas d’un escalier raide.
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Il est 10h00 quand je choisis de faire halte pour casser la croûte. Décision opportune puisqu’un orage éclate, brutalement et bruyamment. Je me réfugie dans le bar local pour prendre le temps de savourer un “bocadillo de jamon y caña“, un grand classique. Quand la pluie cesse enfin, il est 11h00, je redémarre.
Demi-heure plus tard, rebelote, je n’ai pas d’autre solution que d’enfiler mon poncho et de rentrer la tête dans les épaules, la foudre frappe deux fois à moins de 500 mètres. Impressionnant, mais n’ayant aucune possibilité d’abri, je continue.
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Il n’est pas 14h00 quand j’entre dans le centre historique de Los Arcos.

Patrick m’a demandé de vous décrire l’ambiance dans les auberges espagnoles. Tout d’abord, je confirme, vous n’y trouvez rien de plus que ce que vous y apportez. Ensuite, si je prends l’exemple de celle d’aujourd’hui (72 places en chambres de 4 ou en dortoir – 4€ la nuitée), c’est propre mais c’est aussi confort minimum. S’il me fallait résumer, je dirais que ça me rappelle les chambrées de l’armée. Et l’ambiance est au désoeuvrement. Certains sont partis découvrir le patrimoine alentour, mais la plupart traînent sur leur lit, soignent leurs bobos, dorment, lisent ou écrivent, jouent aux cartes, se rassemblent par communautés. En fait, j’ai l’impression que, à l’écart du Chemin, le marcheur s’emmerde un peu…
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Puis arrive l’heure du repas. Quelques-uns s’organisent en groupes et cuisinent, la majorité s’offre un menu “pèlerin“ à 9/10 euros.
Enfin, parce que le pèlerin se lève tôt (surtout en Espagne où il n’y a pas de possibilité de réservation des lits, donc c’est un peu la course), tout le monde se couche vers 22h00.
Et là, c’est chaque soir la grande loterie. Avec un peu de chance, vous tombez dans une chambre sans ronfleur et vous passez une nuit correcte. Mais vous pouvez, aussi, vous retrouver dans un dortoir de 30. Il est, alors, extrêmement rare qu’il n’y ait pas quelques moteurs diesel dans le lot. La situation devient binaire, il y a ceux qui dorment comme des bébés (vous les entendez distinctement et régulièrement), et ceux qui passent leur nuit à se retourner sur leur matela.

Mardi, 26 mai 2009, trente-neuvième étape.
Los Arcos – Logroño
28,8km, 7h15 de marche.

Estella, repos

Hier, j’ai terminé mon récit en vous racontant mon arrivée dans Estella en fête.
Aujourd’hui, je vais vous apporter des précisions sur ces célébrations qui m’ont, pour le moins, troublé. Tout d’abord, quand j’ai organisé mon voyage, Estella ne représentait rien de plus qu’une ville étape parmi plus de soixante. Ce qui constitue une drôle de coïncidence, c’est que cette petite ville de Navarra célébrait hier, le jour de mon passage, la sainte patronne de la ville : Nuestra Señora del Puy.
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Une légende raconte que, vers 1085, des bergers attirés par un groupe d’étoiles découvrirent, cachée dans une grotte, une statue de la Vierge. Curieusement, avant cette date, il existait un regroupement de marchands d’origine franque qui essayaient d’attirer vers leurs comptoirs les pèlerins qui traversaient l’Ega (deux kilomètres plus au sud) et qui se dirigeaient vers Irache sans passer par Estella. Pour détourner le flot des voyageurs vers leurs commerces, ils donnèrent à la vierge découverte miraculeusement, le nom de l’une des Vierges les plus vénérées dans le royaume franc : Notre Dame du Puy. Le succès de leur opération publicitaire fut immédiat.
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Autre hasard de mon calendrier, c’est à Estella que j’ai choisi de me reposer une journée. J’ai donc eu tout le loisir, ce matin, de me rendre sur les hauteurs de la ville pour y visiter la basilique de Nuestra Señora del Puy. Arrivé à la porte du sanctuaire, mon regard est attiré par une affichette, un avis de recherche scotché sur un pilier. Le nom de la personne disparue : Maria Puy. Et l’on ne peut pas dire que Puy soit un patronyme répandu en Espagne.
Je rappelle à ceux qui prendraient le blog en marche, que je suis né au Puy et que c’est pour cette raison que j’ai choisi comme point de départ de mon Chemin, la capitale du Velay. Troublant…
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Autre surprise du week-end (que du bonheur), Alexandra et Julio ont profité de mon “descanso semanal“ pour me rendre une visite amicale. Affectueuse, me risquerai-je à écrire. Alex, arrivée en Aragon quelques mois avant que je m’y installe, est originaire de Lyon. Et comme elle a l’âge d’être ma fille, très vite (j’espère ne pas inquiéter Martine, sa maman que j’embrasse), je l’ai “adoptée“. Jeune femme intelligente, généreuse et respectueuse, elle véhicule tout un ensemble de valeurs qui me sont chères. C’est ce que les Espagnols appellent : “una muy buena persona“. Elle me fait partager le point de vue de sa génération dans des discussions parfois vives et j’espère que mon son de vieille cloche lui apporte un peu en retour.
Alex, Julio, gracias por venir y besos.

Lundi, 25 mai 2009, trente-huitième étape.
Estella – Los Arcos
20,6km, 5h15 de marche.

Puente la Reina – Estella

Dernier jour de la semaine et seulement 22,9km à se mettre sous les semelles. Tant mieux, cela va me permettre de souffler un peu avant de profiter d’une journée complète de repos.

Première constatation, je suis désormais sur l’autoroute qui mène au champ d’étoiles de Saint-Jacques. Que de monde !… Alors que nous n’étions qu’une petite dizaine à nous partager le Chemin depuis Jaca, nous sommes, maintenant, plus d’une centaine à progresser vers l’Ouest. Allemands, Brésiliens (l’influence de Coelho), Italiens et Français constituent le gros de la troupe, ce qui parfois agace des Espagnols plus vraiment maîtres chez eux.
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Quatre villages, idéalement répartis sur le tracé, nous permettent d’intercaler quelques pincées de ruelles moyenâgeuses entre de beaux vallons dédiés à la culture de céréales, d’oliviers et de vignes.
Mañeru arrive presque trop vite. Je refais le plein de mon bidon à la fontaine du village et je n’ai pas le temps de le vider que se présente déjà Cirauqui.
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Beaucoup ont choisi de s’y arrêter pour déjeuner, je préfère continuer sur ma lancée.
Entre Cirauqui et Lorca, voies romaines et pont médiévaux, se succèdent. Des groupes me rattrapent, cosmopolites, et tous s’expriment dans un anglais mâtiné d’accents bizarres. Tout le monde fait un effort pour communiquer et se comprendre. À l’horizon, j’aperçois la barre rocheuse de la sierra Cantabria qui domine les fameuses caves de Laguardia, Paganos et El Ciego. La Rioja alavesa n’est plus bien loin. Les vignes sont de plus en plus présentes dans le paysage.
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À Lorca, rassemblement devant un petit bar qui occupe, curieusement, les deux côtés de la rue principale. Au milieu des sacs en vrac, les uns mangent leurs sandwichs, d’autres ont un verre à la main, je choisis de boire mon expresso du matin.
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Puis je termine l’étape à mon rythme, tranquillement…
Le temps est agréable, un peu de vent atténue l’ardeur d’un soleil bien présent. Il est 13h00 quand j’entre dans Estella en fête. J’ai cru, un moment, que tambours et trompettes célébraient mon arrivée. Déception, cette fin de semaine est simplement marquée par les fêtes locales.

Dimanche, 24 mai 2009.
Repos.

Monreal – Puente La Reina

Heureusement que je n’ai qu’une confiance relative en la météo. Hier, elle nous annonçait une journée fraîche et nuageuse. Levé à 6h00, j’étais le premier à quitter le gîte. Plus de trente kilomètres, 8h00 d’effort, ça se respecte. La tête de la figue de Monreal, qui domine la vallée, est enveloppée de nuages, il ne fait pas chaud, je supporte la veste et enchaîne les kilomètres… Ezperun, Gurundiain, deux villages à consonance basque sont avalés dans le petit jour.
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Le sentier monte, descend, remonte au milieu des genêts, sur le flanc de la sierra de Alaiz. Il est 10h00, l’heure sacrée de l’“almuerzo“ (surtout que je n’ai pas déjeuné) quand je commande une ration de “patatas bravas“ et un “bocadillo de jamon y queso“ dans l’unique bar de Tiedas. Trois quarts d’heure plus tard, rassasié, je repars et découvre avec étonnement que la couverture de nuages a disparu et que le soleil est bien présent. J’enlève la veste, j’ai encore 18 kilomètres à parcourir et ça risque d’être chaud.
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Après un faux plat qui me mène à Muruarte de Reta, je plonge vers Eneriz. La piste n’est pas difficile, mais la descente est longue. En contrebas, le nouveau canal de Navarre m’indique le chemin. Bel ouvrage !… J’essaie de me faire léger (je sais, c’est pas facile), en prenant appui sur mes bâtons, pour ne pas trop solliciter mes genoux, mais c’est à l’avant du tibia gauche qu’apparaît une légère tendinite. Il fait maintenant très chaud, le vent est tombé, je ralentis mon rythme et raccourcis mes pas. En traversant Eneriz, je profite de l’ouverture du café social, pour avaler deux Pepsis. Pas facile de repartir, il me reste 8 kilomètres et il est 13h00. J’ai déjà vidé 3 bidons de 1 litre, cela ne fait que dix minutes que j’ai quitté le bar et j’attaque le quatrième.
Petit à petit, Anton (l’Allemand) que je n’avais pas vu de la matinée, revient sur moi. La jonction se fait à proximité de la chapelle d’Eunate (prononcer E-ou-nate, comme Ba-y-rou).
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Cet édifice du XIIéme présente comme originalité principale d’être octogonal et d’être ceinturé d’arcades, comme un cloître extérieur à ciel ouvert. Il semblerait que ce fut une chapelle funéraire consacrée aux morts du pèlerinage. Du coup, je ne m’attarde pas.

Il est 15h30, quand j’entre dans Puente la Reina, point de convergence des voies françaises de Tours, Vézelay, Le Puy et Arles.
Demain sera un autre jour, sur le “Camino frances“.

Dos fotos para Gabriel y Elvira.
Gaby: el ternerito, porque te parece un poco cuando te enfadas.
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Elvira: una mariposa elegante como cuando bailas.
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Besos a los dos.

Samedi, 23 mai 2009, trente-septième étape.
Puente la Reina – Estella
22,9km, 5h45 de marche.

Sangüesa – Monreal

Plus de trente kilomètres à parcourir, vu la chaleur endurée dans la dernière heure de l’étape d’hier, je décide de partir à l’aube.
La température a baissé, un orage a rafraîchi l’atmosphère. Anton a choisi de m’accompagner. Il est 6h30 quand nous passons devant l’exceptionnel portail de l’église Santa-Maria. Puis nous traversons le rio Aragon et, très vite, prenons la piste en direction de Rocaforte et d’Izco.
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Le soleil reste discret derrière un voile nuageux, le terrain est un peu lourd, parfois glissant, mais la journée est idéale pour la marche.
Une côte nous permet de nous hisser à proximité d’une crête hérissée de moulins. Il faut savoir qu’en Navarre, plus de 20% de l’électricité est produite par le vent. Mais pour arriver à un tel chiffre, l’Autonomie n’a pas hésité à mettre le paquet.
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Certains trouvent que ces forêts d’éoliennes dénaturent le paysage, pour ma part, je leur trouve un certain charme. Elles m’ont toujours fait penser à la fleur du petit prince. Et elles offrent l’avantage de pouvoir être démontées aussi vite qu’elles ont été installées, sans laisser de traces contaminantes pour l’environnement.
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À part ça, juste un souhait, que le temps reste égal afin que je puisse enchaîner sans difficulté une seconde étape de 31,1km.

Vendredi, 22 mai 2009, trente-sixième étape.
Monreal – Puente la Reina
31,1km, 8h00 de marche.

Ruesta – Sangüesa

La météo annonce près de 30 degrés et, bien que l’étape soit courte, cette journée va constituer pour moi un premier vrai test “chaleur“.

Je quitte Ruesta, village dépeuplé et gîte “anarchiste“ en compagnie de deux Basques nationalistes. Il fait frais, l’ascension d’un petit col de 6,7km commence dans la fraîcheur d’un bois de chênes, tout va bien…
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Anton, un Allemand de Francfort (62 ans) me rattrape. Nous communiquons en anglais. Nous nous suivons depuis deux jours et je commence à en savoir un peu plus sur son périple. Parti, de chez lui, le 1er mars, il entend arriver à Santiago à la mi-juin au terme d’un parcours qui avoisinera les 3000 kilomètres. Un accident cardiaque, lorsqu’il était au sommet de sa carrière professionnelle, lui a fait prendre conscience de l’importance de sa famille et de ses responsabilités. Il a, alors, décidé de recentrer sa vie sur cet essentiel. Première action de grâce et premier pèlerinage en 2000, depuis Saint Jean Pied de Port. Et cette année, étant retraité et disposant de plus de temps, il a choisi de partir de chez lui comme un pèlerin du Moyen Age .
Ce type de pèlerinage au long cours n’est pas rare.
Nous sommes arrêtés au bord du Chemin pour faire quelques photos de la retenue de Yesa, dans la vallée, quand surgit “Marathon man“, un quadra belge, grand, costaud, parti de Bruxelles et qui entend pousser jusqu’à Fatima (Portugal) après avoir remercié Saint Jacques. Je l’appelle “Marathon man“ parce qu’il a pour habitude d’enchaîner des étapes de 40 kilomètres (et plus), à un rythme infernal. Son rêve, partir 5 mois en croisade, de Bruxelles à Jérusalem.
Il est parti, je ne le reverrai sans doute pas.
“Ultreïa !…“ Nous lance-t-il en disparaissant dans une courbe.
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Au sommet de la côte, nous parcourons quelques centaines de mètres sur une ligne de crête et attaquons la descente vers Undues de Lerda.
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Il est 11h30, l’heure de l’“almuerzo “. Deux œufs frits, du bacon grillé, deux pimientos del Piquillo et deux cañitas pour moi. Anton choisit deux cafés au lait pour accompagner son plat.
Nous repartons, quittons l’Aragon pour entrer en Navarre, la chaleur devient difficilement supportable.
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J’augmente l’allure pour abréger l’épreuve. Anton, disparaît dans mon dos. L’eau de mon bidon est carrément chaude quand je la termine.
Les thermomètres de Sangüesa affichent 31° à l’ombre, il est 14h00 quand je pousse la porte de l’auberge.
Deux étapes de plus de 30 kilomètres sont prévues, demain et vendredi, elles ne s’annoncent pas comme des parties de plaisir.

Jeudi, 21 mai 2009, trente-cinquième étape.
Sangüesa – Monreal
31,1km, 8h00 de marche.

Arrés – Ruesta

Après une nuit passée dans la chaleureuse ambiance de l’auberge des pèlerins d’Arrés (nous n’étions que huit), le jour se lève dans toute sa splendeur. Pas un nuage pour tacher le grand bleu. II est 7h20, je suis le premier à me mettre en route pour mieux profiter de la lumière du petit matin.
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Face à moi, le village de Berdùn est perché sur son promontoire. Je lui tire le portrait, spécialement pour la famille Gutierrez qui y possède un pied-à-terre. J’enchaîne ensuite, passant au pied de Martes (le bien nommé en ce 19 mai), puis de Mianos, pour atteindre enfin Artieda. J’ai passé la matinée à photographier des fleurs bleues, jaunes, mauves, rouges, j’en ai pris plein les mirettes, je n’ai pas vu le temps passer.
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Tous mes colocataires m’ont rejoint, puis dépassé. La chaleur monte, il est près de 13h00, quand j’entre dans l’auberge d’Artieda.
Accueil glacial, je ne m’attarde pas.
“Una media tortilla y una cerveza para almorzar“, je fais le plein du bidon d’eau, je passe par la mairie pour me connecter et envoyer l’article d’Arrés. Il n’est pas 14h00, me voilà reparti. Plus que huit kilomètres et demi, annonce le guide. Je ne sais pas si c’est l’effet de la tortilla, de la cerveza, de la chaleur ou des trois conjugués, mais c’est 8,5km vont me paraître bien longs. Pas qu’à moi d’ailleurs, mes compagnons ont eu, eux aussi, la même impression. Mais ils avaient également eu droit au même menu, donc ça ne compte pas…
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Heureusement, après de longues lignes droites sur l’asphalte (en plein cagnard) le Chemin nous entraîne sur un étroit sentier qui se faufile dans un bois de jeunes chênes, en bordure de la retenue de Yesa. Il y fait plus frais. Malheureusement, je n’ai plus d’eau, je ne vois plus rien du paysage alentour, j’ai l’impression d’avoir raté une direction, ça n’en finit plus.
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Enfin un panneau directionnel et, juste derrière, j’aperçois les ruines du château de Ruesta.
L’auberge de Ruesta présente l’originalité d’être gérée par la CGT espagnole. De ce côté des Pyrénées, la CGT est un syndicat minoritaire, issu d’une scission avec l’historique CNT, mouvement anarchiste connu pour avoir tenu un rôle important pendant la guerre civile. Il faut savoir que les bâtiments rénovés du gîte sont propriétés de la CHE (Confédération Hydraulique de l’Ebre) qui gère les différents barrages et ouvrages d’irrigation de la région.
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Et c’est cette même CHE qui a confié l’entretien et la gestion de cet accueil de pèlerins à la CGT. Dans ce mariage de la carpe et du lapin, la CHE entend élever la hauteur du barrage de Yesa de 14 mètres et, principal opposant, la CGT mobilise toute la région pour que ce projet tombe à l’eau. Amusant, non ?…
Ceci étant dit, l’établissement est parfaitement tenu.

Je profite, ici, de l’occasion pour rendre hommage à certains restaurants d’entreprises (en France) qui étaient gérés par des agents CGT (détachés) jusqu’à ce que soient lancés des appels d’offres récupérés par des groupes de restauration industrielle.
Résultat, baisse de qualité dans un premier temps, puis augmentation du coût des repas, le tout au préjudice des employés.
Et les dirigeants de ces mêmes entreprises, pour avoir souhaité récupérer les emplois détachés au prix d’une dégradation d’acquis sociaux, comprennent mal que leurs agents, à leur tour, ne sachent plus faire preuve de générosité dans leur boulot.
Cela s’appelle, manquer de lucidité!…

Mercredi, 20 mai 2009, trente-quatrième étape.
Ruesta – Sangüesa
22,4km, 5h30 de marche.

Jaca – Arrés

C’est à partir de Jaca que je mets, définitivement, le cap à l’ouest et débute une longue ligne droite de 800 km.
Ultreïa ! Plus loin, plus haut ! Le cri de reconnaissance, le salut, que se lancent les pèlerins de Saint-Jacques à chacune de leurs rencontres s’entend plus fréquemment de ce côté des Pyrénées. La tradition est, ici, plus forte. Le Chemin (bien qu’appelé “Camino frances“) est avant tout espagnol, Santiago Matamoro est le saint patron de cette terre qui peine à s’affirmer comme nation.
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Balisage de meilleure qualité, nombreux panneaux d’explication.

J’aime, sincèrement, le haut-Aragon.
Combien se sont étonnés de mon installation à Huesca?
Combien m’ont dit : “C’est une terre aride, austère, peu accueillante“ ?…
C’est qu’ils ne connaissent pas la pureté de la lumière qui inonde l’Aragon au printemps.
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C’est qu’ils n’ont jamais vu son ciel d’un bleu intense, ses champs de blé qui ondulent en grandes vagues vertes, ses bouquets de genêts jaunes mouchetés de coquelicots.
C’est qu’ils ne se sont jamais régalés de ces couleurs à faire exploser de bonheur une diapositive Velvia.
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Trop de mes amis traversent l’Aragon en plein été, après les moissons, et ont de cette terre une impression faussée. Dépêchez-vous, il ne vous reste que quelques semaines pour profiter de cet enchantement et découvrir, San Juan de la Peña, Loarre, los Mallos de Riglos et toute une ribambelle de vestiges romans.
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Ermita de San Cristobal (Jaca).

Mardi, 19 mai 2009, trente-troisième étape.
Arrés – Ruesta
27km, 6h45 de marche.